Bouquet final

Des plantes dans le piège à photons

Depuis Karl Blossfeldt (1865-1932) et sa végétation ondoyante parue en Allemagne en 1928, on sait que la photographie dialogue avec la botanique, c’est une donnée historique qui ne souffre aucune contestation. Dans ce sillage d’air frais si bénéfique au moral, qui vit l’Américain Lee Friedlander parler avec des tiges persuadé qu’elles étaient ses jambes ( Stems ), voici deux livres divins, l’un signé Yuriko Tagaki (Japon), l’autre Erik Kessels (Pays-Bas), tous deux réunis par ce béguin du périssable, moins nuisible pour les diabétiques que les bonbons offerts par Jacques Brel.

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D’Orgeval, à voir et à «Revoir»

L’univers géométrique et très blanc de l’artiste français à la galerie Hussenot, à Paris.

En 16 photographies, dont une majorité en noir et blanc, Martin d’Orgeval, né en 1973 à Paris, teste le silence. Ou plutôt, comme il préfère le dire, «ce qui m’intéresse, ce ne sont pas les réponses, mais les questions. J’accorde beaucoup d’importance aux surfaces, mais aussi à la perception, à tout ce qui est au-delà de l’impact, à tout ce qui est non-dit». Pas de bavardage donc, mais une priorité au contact, à ce que le visiteur comprend – ou non – en pénétrant dans «Revoir», titre de cette exposition. Et qui va l’amener à changer son regard, à l’égal du ciel nuageux qui ne cesse de brouiller la lumière à travers la verrière de la galerie.

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Morten Sondergaard, une langue soignée

morten sondergaard

Livre-objet . Le Danois présente à Paris et à Nantes sa «Pharmacie des mots». Des notices poétiques à lire attentivement.

Morten Sondergaard, né le 3 octobre 1964 à Copenhague (Danemark), est un poète scandinave au rire rabelaisien. Sa sensible Pharmacie des mots, livre-objet à tirage limité, paraît ces jours-ci aux éditions Joca Seria. Sondergaard vit à Paris depuis plus de trois mois, et s’y plaît. Il parle d’une «onde porteuse, c’est assez métaphysique, tout se produit dès que l’on déplace quelque chose. Paris est un endroit voué au mouvement». Il le dit sans ironie, et on le croit volontiers ; il comprend déjà un peu le français, même si son traducteur, Olivier Brossard, s’empresse de l’épauler en anglais.

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Lewis Baltz, pavillons en berne

lewis baltz

Le plus européen des photographes américains, associé au mouvement New Topographics, est décédé samedi, à 69 ans.

Lewis Baltz est mort samedi à Paris, des suites d’un cancer du poumon. Il avait 69 ans. Toute sa vie, il incarna la figure d’un artiste en marge de la photographie, loin de ses éblouissements éphémères, soucieux de décrire l’état d’un monde sous surveillance s’avançant placidement vers le chaos grâce, entre autres, aux nouvelles technologies. Il était comme un pont suspendu entre deux continents, l’Amérique, où il était né le 12 septembre 1945 à Newport Beach, en Californie du Sud, et l’Europe, tant appréciée, qui lui offrit un refuge sentimental, un cadre empirique et des amitiés absolues. Ainsi celle de l’écrivain Bernard Lamarche-Vadel retraçant dans un manifeste (1) «l’impact» de ce penseur indocile, «le plus grand et le dernier photographe moderne américain» dont l’œuvre fut accueillie avec «bienveillance, enthousiasme et respect».

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Lucien Clergue, une plage se tourne

Ami de Picasso, le photographe fondateur des Rencontres d’Arles est mort samedi à 80 ans.

Quand il racontait ses rencontres avec les grands de la planète, qu’il s’agisse de Kirk Douglas, d’Ansel Adams ou encore d’Henri Cartier-Bresson, Lucien Clergue, avec la verve provençale qui le caractérisait, lançait : «J’étais éberlué.» C’était l’un de ses mots marottes, qui lui convenait bien, à lui, l’Arlésien si attaché à ses racines qu’il donnait l’impression que la terre entière connaissait la ville qui l’avait vu naître le 14 août 1934.

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