Giovanni Bosco, miracle à l’italienne

L’artiste sicilien, obsédé par le rouge et les corps, a été révélé en 2007. Apprenti berger devenu l’une des figures de l’art brut, il est exposé à Lausanne.

Giovanni Bosco (1948-2009) est l’une des sept figures de «l’Art brut dans le monde», une proposition éblouissante signée Lucienne Peiry, qui aime à se présenter comme une messagère de cet art notoirement clandestin. Sur deux étages, cette exposition enseigne, cristallise et déploie une manière de vivre, ou de survivre, hors les frontières des règles en société. Tout autant que ses voisins de palier (lire ci-contre), Bosco n’a jamais étudié le dessin ; par hasard, presque par miracle, il révèle tout à coup son génie. Car génie il y a, plus que l’on imagine, chez ce Sicilien à l’enfance perdue, apprenti berger auprès de son père, puis perdant pied à la mort de celui-ci, à laquelle s’ajoute bientôt, nouvelle cruauté, l’assassinat de ses deux frères.

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Jacqueline Duhême, une vie de bohème

Jacqueline Duhême dessine son enfance comme un kaléidoscope lunaire. Des bonnes sœurs en Grèce à celles du couvent de la rue de Picpus, c’est fou tout ce qui arrive à la petite Jacqueline, née le 15 novembre 1927 à Versailles, et qui, pour ses 20 ans, croise Henri Matisse qui la prend sous son aile. Avec lui, elle «apprend la constance», puis rencontre, au hasard des années, Prévert, Cendrars, Eluard, Queneau, Doisneau et même le général de Gaulle, qu’elle suit en Amérique du Sud, en 1964, pour le magazine Elle. Imaginé en 2013, fait à la main, Une vie en crobardsémerveille par son adresse à évoquer un siècle artistique, y compris les fantaisies de la douane française, «exigeant qu’une caisse en provenance des Etats-Unis soit ouverte». A l’intérieur, il y avait des seins en mousse «qui devaient figurer sur la couverture d’un livre de Marcel Duchamp et qui sautèrent dans tous les sens».

Une vie en crobards, Jacqueline Duhême, Gallimard, 192 pp., 19,90 €.

Eric Poitevin face aux poilus

Des moments pour les survivants, et non des monuments aux morts : c’est ainsi qu’on peut suivre ce Chemin des hommes, pris en 1985 par Eric Poitevin, alors âgé de 25 ans et qui, sur la terre où il naquit, à Longuyon (Meurthe-et-Moselle), ressentait ce poids d’une histoire aux conséquences parfois invisibles. D’où son épopée sur les routes de France, de Lille à Opio, en quête des vétérans de la Grande Guerre, cent hommes qui posèrent pour lui, sans esbroufe. Car entre le jeune photographe et ces poilus, se nouèrent des liens et des correspondances, les uns les autres se comprenant, même dans le silence. «Je crois que la guerre ne peut pas se photographier, dit Eric Poitevin. Elle est forcément hors-champ. On ne peut en photographier que les séquelles… La photographie comme aide-mémoire.» Accrochés aux murs du LaM à Villeneuve-d’Ascq, ou réunis dans un livre méticuleux édité par Toluca, les témoins de cette «grande tuerie» sont à jamais gravés dans le temps présent.

LaM, 1, allée du Musée, Villeneuve-d’Ascq (59). Jusqu’au 11 novembre.

Alberto Garcia-Alix, à fleur de peau

alberto garcia-alix

Dans son labyrinthe intime où traînent drogues, flammes et fantômes, il y a toujours une issue. Symbolisée par la photographie, fille de joie qui lui a tendu les bras même lorsqu’il n’attendait plus rien. S’il se présente tel «l’archétype du voyou éternel», Alberto García-Alix incarne l’Espagne d’une liberté solidaire, celle avec ceux d’en bas, et, plus que tout, celle qui célèbre «l’art de la vie». «Je suis un survivant», aime-t-il à répéter de sa voix rauque, cassée par les cigarettes, alors que s’ouvre son exposition en solo au Circulo de Bellas Artes, à Madrid.

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