Philippe Favier, travaux au «Noir»
18 mai 2013
Comme il l’avoue lui-même, Philippe Favier, né en 1957, est un drôle de coucou, qui niche et déniche tout ce qui lui plaît, à l’intuition. Ainsi de ses photographies trouvées dans les brocantes, surtout aux Puces, qu’il s’approprie, entasse dans ses tiroirs et ressuscite sur un coup de tête. Il y a du barbare chez cet artiste épris de liberté, qui ne cherche pas à séduire, et qui peut donc, avec de simples bouts de papier, imaginer sa java des images capitales. Des morts-vivants encloués tels des punks. Des mariés délicatement découpés et plongés dans l’obscurité, petits vampires aveuglés par l’amour. Des satellites transformés en bijoux précieux. Et même une machine à écrire aux lettres du clavier devenues portraits (photo : Têtes à clappe, les Noircissiques, 2013), le clou de cette exposition (mise en scène par Henri-François Debailleux, collaborateur de Libération) heureusement titrée «Noir».
© Photo F. Fernandez
Maison européenne de la photographie, 5-7 rue de Fourcy, 75004. Jusqu’au 16 juin. Rens. : 01 44 78 75 00.

S’il se plaît à détourner les clichés grâce à son expérience de bédéiste, Sammy Baloji, né en 1978 à Lubumbashi, développe d’abord sa propre histoire. Celle de son pays, la république démocratique du Congo, et de sa région, le Katanga, terre d’extraction minière qu’il documenta avec Kolwezi, présentée aux Rencontres d’Arles l’été dernier. Avec Congo Far West (photo), une série en cours, Sammy Baloji s’essaie à reconstruire, à l’aide d’archives, une expédition scientifique belge au Katanga à la fin du XIXe siècle, menée au pas de charge par un certain Charles Lemaire. Jouant sur la temporalité, tout en questionnant ouvertement l’iconographie de la colonisation, Sammy Baloji oblige, de fait, le spectateur à prendre position. Sans violence.
En 1959, le photographe Joseph Sterling, 23 ans, se lance dans son sujet de thèse : l’adolescence. Il est l’un des étudiants du prestigieux Institute of Design de Chicago, ses professeurs s’appellent Aaron Siskind et Harry Callahan, il a intérêt à assurer. Pendant cinq ans, sur les rives du lac Michigan ou dans les dancings ou au hasard des boulevards, il immortalise les teenagers. Les beaux gosses des années Presley acceptent d’être dévisagés, rites de passage à partager avec le photographe, bien plus timide que ses modèles. Cette allégorie d’une jeunesse en mouvement est un document exceptionnel, et l’émotion est vive à contempler ces inconnus si proches, qui se déplacent toujours de la même manière, en tribu. Les filles entre elles, bras dessus bras dessous, et les garçons, jamais très loin. Ah, ces poseurs !
Le jeune photographe helvético-japonais expose à Paris son projet «Gaijin», quête identitaire d’un artiste façonné par deux cultures.