Andrea Torres Balaguer, trait d’union

Andrea Torres Balaguer, The unknown 2016

(…) Pour The Unknown, sa dernière série réalisée en 2017 et 2018, Andrea Torres Balaguer a réfléchi sur « le concept d’identité et l’importance de l’identité lorsqu’on évoque le portrait ». Elle est allée plus loin en se mettant elle-même en scène. Pourquoi ? Parce qu’elle trouvait « très agressif » cette absence de visage masqué par un trait de pinceau, peint directement sur l’image : « Non seulement je vole l’identité du modèle, mais je mets le coup de pinceau qui dissimule le visage. C’est pourquoi j’ai décidé de faire des autoportraits. Et, du coup, il y a ce nouveau sens : c’est moi qui me déprend de mon identité, et je deviens ce que le spectateur veut que je devienne. Dès lors, j’ai de multiples identités nouvelles, sauf mon identité originale ».
Ce sont des portraits éloquents (…) qui expriment tout à la fois force et retenue avec beaucoup de raffinement. On peut y lire aussi une forme de résistance au narcissisme classique de l’autoportrait, comme s’il y avait une défaillance à se regarder sans rien faire. D’où ce coup de pinceau sidérant, qui coupe la tête d’une manière énergique, révolutionnaire, déplacée. Un trait d’union calligraphié entre peinture et photographie.(…)

© Photo Andrea Torres Balaguer, courtesy in camera galerie

in camera galerie, 21, rue Las Cases 75007 Paris (01 47 05 51 77), jusqu’au 31 juillet 2018.

Vive Malick Sidibé !

Malick Sidibé

« Le bonheur est avec le monde. C’est une chance tous ces gens qui viennent me voir », aimait à dire Malick Sidibé (1935-2016), honoré en majesté à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, à Paris, jusqu’au 25 février 2018. Témoin privilégié des jours heureux de son pays natal, le Mali, cet homme d’éloquence, ce photographe si attentif aux autres, a laissé une œuvre aux multiples échos, composée, entre autres, de reportages au temps du yéyé et de portraits d’une beauté immarcescible.
Titrée Malick Sidibé, Mali Twist, cette exposition rayonnante s’approche au plus près de ce témoin généreux. Qui sut accorder à chacun de ses modèles une oasis de liberté identitaire, aussi bien dans son studio de Bagadadji, près de la grande mosquée, que lors des surprises-parties à Bamako, baignées de passions musicales.
Mali Twist montre aussi pour la première fois une multitude de vintages, petits miroirs d’une époque encore proche, constellation de visages anonymes qui nous touchent au plus près. « Je suis un portraitiste naturaliste, pas philosophique », répondit un jour Malick Sidibé, pour qui « sociabilité et douceur » étaient les deux qualités nécessaires à l’exercice de son métier. « La photo, c’est aussi la vie. Ça l’accompagne. Elle permet à ceux qui vont venir de voir que leurs grands-parents étaient vivants. (…) L’image est plus vivante que l’écriture ».
Ouvrage coédité par la Fondation Cartier pour l’art contemporain et Xavier Barral et dirigé par André Magnin et Brigitte Ollier. Avec les contributions de Manthia Diawara, Malick Sidibé et Robert Storr.

© Photo Brigitte Ollier