Hommage à Paul Tourenne (1923-2016), ténor des Frères Jacques

En février 2005, à l’occasion de la sortie d’un double DVD (chez Rym Musique Vidéo), Paul Tourenne, le cadet des Frères Jacques, groupe fétiche des années 60, raconte leurs trente-sept ans de carrière.

Surnommés par Yvan Audouard «les athlètes complets de la chanson», les Frères Jacques ont, pendant trente-sept ans, chanté avec les pieds et les mains. Comme dans une photo d’Etienne-Jules Marey, ils ont symbolisé le mouvement arrêté, s’accordant au rythme des paroles dans leurs corps moulés de nylon – une idée de Jean-Denis Malclès. Loin d’être des enfants de choeur, «ces comédiens qui chantent», selon les mots de Jacques Canetti, ont donné vie à des textes grinçants (les Bonnes, satire antibourgeoise), rigolos (Chanson sans calcium, «C’est une chanson pas dans le vent/Qu’a besoin de fortifiant/Tellement elle est minable…»), pure poésie (Prévert, Queneau, Vian) ou tristes à pleurer, de l’Entrecôte, leur première rengaine, à la Branche, quatre minutes de philosophie de rue : «C’est comme ça qu’on vit/On est sur la corde raide/A chaque instant on croit qu’elle cède/Et puis un peu de soleil luit/Et on oublie.»
Continue reading

Ouvrage sur mesure

claude ribouillaultLe Savoyard Ferdinand Contat (1902-1940) est l’un des personnages attachants du nouvel album de Claude Ribouillault, Nains, hercules et géants. Plus que sa taille ou sa pointure, ce colosse en costume élégant surprend par son envergure majestueuse, abritant sous son aile un homme si étrangement petit qu’on ne le voit pas. C’est pourtant lui qui paraît donner l’échelle, haussant avec aisance le bras gauche pour toucher la main de Ferdinand Contat, laquelle paraît indiquer, non une direction mais un point final. Voilà, semble-t-il indiquer, tous les deux, nous en sommes là.
Il y a beaucoup de moments émouvants dans ce livre magique, où se croisent nos peurs et nos élans d’enfant, tour à tour éblouis par des images d’Epinal ou surpris par des rivalités qui affectent à l’identique les gros comme les maigrichons. En ce cas, l’appareil-photo joue souvent la démocratie, accueillant sans sourciller les poids plume, les vraies marionnettes et les faux hercules de foire. Bonus en page 138 : Mac Karty, l’homme accumulateur, sosie parfait de l’électrique Buster Keaton…

Nains, hercules & géants, Humanités prises par la taille, par Claude Ribouillault, Rouergue, 160 pp., 29, 90 €.

© Photo : Claude Ribouillault/Rouergue

Dans la vallée des Indiens Navajo

monument valley,indien navaro,john ford point,vincent mercier

Au printemps 2015, Vincent Mercier repart en solo à la conquête de l’Ouest américain. À l’horizon, Monument Valley et John Ford Point, où s’enracine la mémoire des Indiens Navajo comme celle des cinéphiles. Dans ce paysage patrimonial d’une intense beauté, bercé par le vent et une petite musique hollywoodienne, le photographe revisite son enfance de « blanc-bec du Nord », épris d’une lumière crue qui « agit sur lui comme un fluide ».
John Ford Point raconte l’histoire de ce voyage en vingt-trois photographies. Plus qu’une suite de souvenirs personnels, ou un hymne au panorama, elles sont des variations limpides autour d’une vallée mythique, qui était « l’endroit préféré » de John Ford. Tout y est à échelle humaine ; tout y est prodigieusement dessiné ; tout y parle de la disparition et du temps volé à l’éternité.
John Ford Point, édité par Filigranes, est le deuxième livre de Vincent Mercier. Il est aussi un tribut à l’Amérique en version originale et en couleurs, avec un texte de Brigitte Ollier.

© Photo Vincent Mercier
John Ford Point, Filigranes Éditions, 56 pp., 30 €.