Anna-Eva Bergman au naturel

anna-eva bergman

La galerie Jérôme Poggi, à Paris, se consacre à l’artiste norvégienne.

Dans son deuxième espace parisien inauguré ce printemps, juste en face du Centre Pompidou, Jérôme Poggi présente Anna-Eva Bergman (Stockholm 1909-Grasse 1987) avec la collaboration de Christine Lamothe. C’est un solo show, et les quinze œuvres exposées, toutes réalisées dans les années 70, procurent un plaisir extrêmement vif, à la fois dépaysant et familier.

«Sublime». Comme si cette Norvégienne, par ailleurs femme d’artiste (Hans Hartung, l’amour de sa vie), avait dans son goût pour la nature, «sa quête du sublime», selon Poggi, transformé l’espace en territoire sacré. Elle a ce don, ce fluide, pour prendre la surface de la toile, grande ou minuscule, et lui donner vie, sans aucun subterfuge. Une, deux, trois couleurs, pas plus, beaucoup de bleu, et cette manière franche, directe, de ne pas jouer l’affrontement avec son sujet, mais au contraire, d’en révéler l’aboutissement.

La peinture n’est pas un art de supérette, elle exige du génie, et une inventivité constante, il s’agit d’ouvrir des portes, non de les claquer. Anna-Eva Bergman a parfois recours à des matériaux incongrus, ainsi la feuille de métal, qui viennent prolonger l’aplat de l’acrylique telle une lame de couteau. Ou, souvenir de ces années d’apprentissage, elle casse le nombre d’or et transforme un panneau de bois en un miroir aux éclats byzantins. C’est l’une des plus belles pièces uniques présentées, Jeux de feuille (1978), un vrai coup de foudre abordable pour un collectionneur non-conformiste (18 000 euros).

Fécondité. En accord avec la fondation Hans-Hartung-Anna-Eva-Bergman (Antibes), Jérôme Poggi a voulu «montrer des œuvres tardives afin de la rattacher à l’art contemporain. Je ne sais pas si vous pouvez l’écrire, mais il y a un mot qui résume tout ce que je ressens : la fraîcheur». Le galeriste rappelle que, loin d’être une artiste oubliée, elle eut une exposition personnelle à la Galerie de France en 1958, une rétrospective au Musée d’art moderne de la Ville de Paris en 1977 et, la même année, des œuvres accrochées au musée de l’abbaye Sainte-Croix des Sables-d’Olonne, sur une proposition de Henry-Claude Cousseau. Mais ce n’est pas en rapport avec l’incroyable fécondité de cette femme résolue, qui chérissait les paysages surnaturels de son pays natal et les rondeurs de la terre, cherchant toujours les limites de l’horizon qu’elle place au cœur de ses réflexions, tel un totem qui hante ses rêves, jour et nuit.

© Courtesy Fondation Hartung / Bergman – Galerie Jérôme Poggi, Paris.

Peintures 1977-1987 d’Anna-Eva Bergman Galerie Jérôme Poggi, 2, rue Beaubourg, 75004. Jusqu’au 23 août. Rens. : 09 84 38 87 74