Vive Malick Sidibé !

Malick Sidibé

« Le bonheur est avec le monde. C’est une chance tous ces gens qui viennent me voir », aimait à dire Malick Sidibé (1935-2016), honoré en majesté à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, à Paris, jusqu’au 25 février 2018. Témoin privilégié des jours heureux de son pays natal, le Mali, cet homme d’éloquence, ce photographe si attentif aux autres, a laissé une œuvre aux multiples échos, composée, entre autres, de reportages au temps du yéyé et de portraits d’une beauté immarcescible.
Titrée Malick Sidibé, Mali Twist, cette exposition rayonnante s’approche au plus près de ce témoin généreux. Qui sut accorder à chacun de ses modèles une oasis de liberté identitaire, aussi bien dans son studio de Bagadadji, près de la grande mosquée, que lors des surprises-parties à Bamako, baignées de passions musicales.
Mali Twist montre aussi pour la première fois une multitude de vintages, petits miroirs d’une époque encore proche, constellation de visages anonymes qui nous touchent au plus près. « Je suis un portraitiste naturaliste, pas philosophique », répondit un jour Malick Sidibé, pour qui « sociabilité et douceur » étaient les deux qualités nécessaires à l’exercice de son métier. « La photo, c’est aussi la vie. Ça l’accompagne. Elle permet à ceux qui vont venir de voir que leurs grands-parents étaient vivants. (…) L’image est plus vivante que l’écriture ».
Ouvrage coédité par la Fondation Cartier pour l’art contemporain et Xavier Barral et dirigé par André Magnin et Brigitte Ollier. Avec les contributions de Manthia Diawara, Malick Sidibé et Robert Storr.

© Photo Brigitte Ollier

Hommage à Paul Tourenne (1923-2016), ténor des Frères Jacques

En février 2005, à l’occasion de la sortie d’un double DVD (chez Rym Musique Vidéo), Paul Tourenne, le cadet des Frères Jacques, groupe fétiche des années 60, raconte leurs trente-sept ans de carrière.

Surnommés par Yvan Audouard «les athlètes complets de la chanson», les Frères Jacques ont, pendant trente-sept ans, chanté avec les pieds et les mains. Comme dans une photo d’Etienne-Jules Marey, ils ont symbolisé le mouvement arrêté, s’accordant au rythme des paroles dans leurs corps moulés de nylon – une idée de Jean-Denis Malclès. Loin d’être des enfants de choeur, «ces comédiens qui chantent», selon les mots de Jacques Canetti, ont donné vie à des textes grinçants (les Bonnes, satire antibourgeoise), rigolos (Chanson sans calcium, «C’est une chanson pas dans le vent/Qu’a besoin de fortifiant/Tellement elle est minable…»), pure poésie (Prévert, Queneau, Vian) ou tristes à pleurer, de l’Entrecôte, leur première rengaine, à la Branche, quatre minutes de philosophie de rue : «C’est comme ça qu’on vit/On est sur la corde raide/A chaque instant on croit qu’elle cède/Et puis un peu de soleil luit/Et on oublie.»
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Disparition de Louis Stettner (1922-2016)

Le Centre Pompidou, où il fut exposé il y a peu, annonce la disparition de Louis Stettner, à l’âge de 93 ans (il était né le 7 novembre 1922, à New York). C’était un Américain friand de France – où il s’était finalement installé -, d’une grande discrétion, et qui appartenait à cette génération de photographes épris d’humanisme. Il avait une silhouette hustonnienne, une barbe grise, et un drôle de chapeau. « Une création familiale », avait-il dit alors qu’il présentait quarante-quatre tirages au Comptoir de la photographie, un lieu chaleureux dans le quartier de la Bastille, à la fin des années quatre-vingt.
Beaucoup de ses photographies nous sont familières. Celle d’un jeune homme à Brooklyn, face à Manhattan, étendu bras en croix sur un banc (« beaucoup y voient l’agonie d’un individu en face de la civilisation industrielle »), ou cette femme portant des pêches, à Mexico, qui paraissent dessiner un étrange visage composé de fruits.
Il avait un goût du cadrage, très précis, dans la lignée de ses maîtres, Stieglitz, Strand et Weegee. Et, à côté de la photographie, il peignait / il sculptait… Pour apprécier une œuvre, disait-il, il faut « le recul du temps ».

Disparition de Shirley Jaffe (1923-2016)

Shirley Jaffe est morte jeudi 29 septembre 2016, à 93 ans, à Paris. Nous l’avions rencontrée chez elle il y a trois ans alors qu’elle exposait en Bretagne, à Locquirec, pas si loin du Domaine de Kerguéhennec, où Frédéric Paul, alors directeur de ce centre d’art contemporain, l’avait magnifiquement honorée en 2008.

Shirley Jaffe atelier, Paris, 2008.frédéric paul

Shirley Jaffe reçoit dans son atelier-appartement, à Paris, non loin du collège des Bernardins dont elle apprécie «l’architecture si pure». Cette artiste américaine vit en France depuis 1949 (elle est née en 1923, dans le New Jersey), et s’y plaît, ayant même adopté, d’après ses amis, «une vision à la française et certains mots-clés», sans préciser lesquels, car Shirley Jaffe est tout en retenue, à l’image de son rouge à lèvres irisé, posé telle une ombre invisible.
Quand une question ne l’inspire pas, aucune broderie, la réponse tombe tel un couperet. Pas de dates ni de flash-back, nul désir d’évoquer les amitiés disparues ou de traîner dans les coulisses de l’art en dévoilant ses connaissances, il ne s’agit pas de parader, mais d’être dans la clarté. Surtout dans le présent, qu’elle accueille avec beaucoup de grâce, et autant de gaieté que d’agilité.
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Jerry Berndt, la maîtrise du réel

Trois ans après The Combat Zone, du nom d’un quartier chaud de Boston (Massachusetts), la galerie in camera présente Beautiful America de Jerry Berndt, né en 1943 à Milwaukee (Wisconsin) et mort en 2013 à Paris (France). En une vingtaine de tirages en noir et blanc, dont certains extraits de The Combat Zone, renaît l’Amérique des années Vietnam et de Bob Dylan. Une approche à hauteur d’homme. Des éclats de solitude. Le chant continu de la majorité silencieuse.

© Photo Jerry Berndt, courtesy in camera galerie
in camera galerie, 21, rue Las Cases 75007 Paris (01 47 05 51 77), jusqu’au 22 octobre.