Giorgia Fiorio, mâles sans fioriture

Sueur, force et fragilité dans «Figurae».

À 70 cm du slip rouge de Mike Tyson ou dans les entrailles de la terre à Donetsk, en Ukraine, Giorgia Fiorio se tient derrière son viseur, prête à viser ces inconnus dont elle fait le portrait depuis la fin de ses études à New York, en 1990. Ils travaillent à la mine, prennent des coups sur la tête ou préparent des coups, sortent leurs chaluts à l’aube, affrontent des taureaux en zigzaguant des hanches. Sourire béat des mâles et, comme une ritournelle, les éclats d’une chorégraphie du corps au travail, en sueur, sublimé par un noir et blanc précis. Réfléchissant sur ce «souffle» qui l’a portée, elle écrira : «Attributs extérieurs, les accoutrements se vident et dévoilent ce que j’ignorais chercher : ce n’est pas le « mâle », figure incarnée d’une force présumée, mais, dépouillé, l’individu, sa fragilité absurde, déchirée dans une confrontation physique extrême.» Avec Figurae, Giorgia Fiorio reconstruit son passé. Elle y mêle ces hommes qu’elle a suivis et qu’elle regarde à nouveau, afin de mieux comprendre cette trajectoire de jeunesse qui l’avait menée, presque les yeux fermés, vers ces hommes prêts à mourir. Comme Santos Marques, disparu en mer, dont il ne reste que les chaussures sur la passerelle de commandement.

FigurÆ de Giorgia Fiorio Textes de Régis Debray et Gabriel Bauret. Actes Sud, 176 pp., 30 €.

Cartier-Bresson géomètre à penser

Le centre Pompidou consacre une rétrospective thématique à l’illustre cofondateur de Magnum, mort il y a dix ans.

Sur la façade du centre Pompidou, à Paris, flotte le profil d’Henri Cartier-Bresson, ravi par George Hoyningen-Huene en 1935. Celui-là même que Libération avait choisi pour sa une du 5 août 2004, annonçant la disparition du photographe le plus flamboyant du XXe siècle.

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Clément Chéroux: «Ce n’est pas la valeur marchande des tirages d’époque qui nous intéresse, mais la valeur historique»

Le conservateur du cabinet de la photographie à Pompidou et commissaire de l’exposition revient sur la spécificité de l’exposition Cartier-Bresson à Pompidou.

La diversité du tirage photographique est au cœur de la rétrospective consacrée à Henri Cartier-Bresson. Clément Chéroux, son commissaire, par ailleurs conservateur du cabinet de la photographie au centre Pompidou, en explique les enjeux.

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Ponte City par Subotzky et Waterhouse

A Paris, le Bal expose cinq ans d’enquête visuelle des artistes Mikhael Subotzky et Patrick Waterhouse.

Ne comptez pas sortir au bout d’une demi-heure, mains dans les poches, avec la satisfaction d’avoir savouré le dernier spot présenté au Bal, à Paris. Préparez-vous à comprendre comment Ponte City, la tour la plus haute du continent africain lors de sa construction, entre 1971 et 1976, a pu symboliser l’attraction d’une métropole, Johannesburg (Afrique du Sud), l’urbanisme de l’apartheid, et puis, progressivement, l’euphorie d’un désastre annoncé. Mikhael Subotzky et Patrick Waterhouse ont travaillé pendant cinq ans sur Ponte City, et décidé d’une typologie visuelle à même de synthétiser son histoire. L’exposition exige du temps, aussi une certaine patience, tant les deux artistes, multipliant les sources, ont développé les points de vue.

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Ronan Guillou à Las Vegas

ronan guillou

Ronan Guillou revisite la ville du jeu, loin des clichés.

Créée en 2013 par Rémi Noël, un Français «nul en géographie mais obsédé par l’Amérique de Kerouac», comme il le dit lui-même, Poetry Wanted est une maison d’édition spécialisée dans la photographie. Après un premier titre, Texas, déjà très réussi et toujours disponible, voici Las Vegas, une petite merveille qui se présente, à nouveau, comme une carte routière privée de signalisation, puisqu’il s’agit ici d’un voyage photographique.

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