Jerry Berndt, la maîtrise du réel

Trois ans après The Combat Zone, du nom d’un quartier chaud de Boston (Massachusetts), la galerie in camera présente Beautiful America de Jerry Berndt, né en 1943 à Milwaukee (Wisconsin) et mort en 2013 à Paris (France). En une vingtaine de tirages en noir et blanc, dont certains extraits de The Combat Zone, renaît l’Amérique des années Vietnam et de Bob Dylan. Une approche à hauteur d’homme. Des éclats de solitude. Le chant continu de la majorité silencieuse.

© Photo Jerry Berndt, courtesy in camera galerie
in camera galerie, 21, rue Las Cases 75007 Paris (01 47 05 51 77), jusqu’au 22 octobre.

Gerard Petrus Fieret, un nouveau souffle

gerard petrus fieret

On oublie parfois que la photographie peut être une raison de vivre, et non une raison sociale. Elle gagne non seulement le cœur et les yeux, mais tout, de la tête aux doigts de pieds, elle emplit le corps. Une vraie folie. Il y avait beaucoup de dinguerie chez Gerard Petrus Fieret, né le 19 janvier 1934 à La Haye (Pays-Bas) où il mourut le 22 janvier 2009. Entre 1965 et le milieu des années 70, ce Hollandais tout droit sorti d’un polar de Chandler ne respecta aucun code et fonça à toute vitesse, imposant au médium ses propres visions, entre nonchalance et compulsion.
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Sabine Weiss, à l’intuition

sabine weiss

« Ce qui est fugitif me plaît », aime à dire Sabine Weiss, 91 ans, qui expose à Paris et à Tours une large partie de son œuvre, dont de nombreux instantanés méconnus. Elle a cette qualité de saisir la vie sans chichis, et de s’attarder là où d’autres ne s’arrêteraient pas, isolant parfois ça et là des scènes d’une rare mélancolie, assez proche, au fond, de la temporalité des mots chère à Nathalie Sarraute. Pour autant, Sabine Weiss, formée à la technique de la photographie auprès des Boissonnas, l’atelier mythique de Genève, n’a jamais cherché à orienter son travail dans telle ou telle direction. Elle avance à l’intuition, et avec un grand enthousiasme, en quête de cet inattendu qui l’a amené à tenter sa chance dans de multiples domaines, ainsi la mode.
Au fil des expositions qui lui rendent hommage, se découvre la personnalité d’une femme discrète qui ne suivit aucun modèle, et dont la rue fut un laboratoire permanent. « La photographie m’apaise », dit-elle aujourd’hui, entourée d’un univers riche d’une humanité qu’elle a protégée de toute banalité.

© Photo Sabine Weiss / Courtesy Les Douches la Galerie

Les Douches la Galerie, 5 rue Legouvé 75010 Paris (01 78 94 03 00), jusqu’au 30 juillet. Également au château de Tours (02 47 21 61 95), jusqu’au 30 octobre.

Malick Sidibé, un homme de parole

Malick Sidibé

Malick Sidibé est mort jeudi 14 avril 2016, à Bamako (Mali). Il avait 80 ans. C’était un sage. Un homme de parole. Qui n’a pas cessé, au long de son existence, et lorsqu’il est devenu célèbre, de montrer comment l’Afrique ne pouvait se réduire à quelques clichés. Il n’était pas seulement un reporter de Bamako, enraciné à Daoudabougou, mais un homme ouvert sur le monde. Ses photographies magnifiques ont révélé sa joie de vivre. Son goût des autres. Son esprit de la mise en scène. Et ce soin particulier qu’il avait, où qu’il se trouve, à Maputo ou à Guingamp, de relier sa terre natale et son village de Soloba au reste de l’univers. Parmi nos derniers échanges, cet extrait : « Le soleil, ça brûle, ça efface, moi, j’aime la brume, ça me rappelle la création de la Terre. Un jour, alors que j’étais au Portugal, à Coimbra, j’ai vu la brume descendre sur la colline, et j’imaginais la création, les animaux, la mise en place de la nature et de l’assemblée des hommes. »

© Photo Brigitte Ollier

Pour retrouver Malick Sidibé, cet interview de Vincent Godeau, en automne 2010.
Pour revoir quelques photographies, le site d’André Magnin :

Daido Moriyama, double face

daido moriyama

« Marcher, c’est finalement ma vie. » Tout Moriyama pourrait se résumer à cette maxime, prononcée lors de sa conférence de presse à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, à Paris. Daido Moriyama, à l’aise, savoure cette rencontre, ne cessant de prolonger ses réponses aux nombreuses questions. Il retrouve pour la deuxième fois l’espace panoramique de la Fondation Cartier, où il a présenté, en 2003, deux cents photographies en noir et blanc, toutes empreintes d’une sorte de frénésie, très caractéristique de ce photographe japonais, né en 1938 à Ikeda, Osaka.
S’assemblent aujourd’hui, dans cette exposition double face, le noir et blanc, plus la couleur. Il y a du plaisir à l’imaginer au cœur de cette alternative, certes banale, mais à laquelle il sait donner corps, tant il maîtrise son outil. Il a une puissance de frappe à la Man Ray, ou façon Kei Nishikori, si l’on préfère les sportifs. Il a ce don d’ouvrir un nouveau monde dans chacune de ses photographies, les psychanalystes devraient l’accrocher au-dessus des divans, les patients auraient de quoi s’épanouir/s’évanouir en direct, talons hauts, serpents, néons, etc.
Moriyama est un alchimiste, un pur. Qui nous apprend à être de parfaits voyeurs. Un exercice assez rare, peu de photographes subventionnent le réel. Pour prolonger l’analyse, catalogue utile (35 €).

© Daido Moriyama Photo Foundation

Fondation Cartier pour l’art contemporain, 261, boulevard Raspail, 75014 Paris (01 42 18 56 50), jusqu’au 5 juin.