Omar Victor Diop, la joie de vivre

omar victor diopOmar Victor Diop, né en 1980 à Dakar, au Sénégal, est l’un des héritiers de Seydou Keita, de Jean-Christophe Averty et de Jean-Paul Goude. Il appartient à l’Afrique du futur. Cet autodidacte, tombé dans le bain de la photographie, est aujourd’hui incontournable tant sa fantaisie colorée fait mouche. On peut en découvrir toute la subtilité dans un nouveau Carnet de la création, publié par les éditions de l’Œil, qui révèle en quelques portraits son art du détournement et sa détermination à participer à une esthétique où la retouche n’est pas taboue. Il a une manière fabuleuse d’enraciner ses modèles (artistes, blogueurs, acteurs) dans son studio et de leur façonner un environnement sur mesure digne d’un décorateur. Ou d’un caméléon pop. Aux neuvièmes Rencontres de Bamako, à l’automne 2011, Omar Victor Diop avait fait sensation avec ses mannequins vêtues de bouteilles en plastique et de papier froissé. Entre bricolage et insolence, ce jeune Sénégalais dynamite le négatif et invente la joie de vivre sur papier : hourra !

Carnets de la création : Omar Victor Diop, éditions de l’Œil, 24 pp., 5,60 €.

Lida Abdul, chants de ruines

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Lida Abdul se définit comme une artiste nomade, même si la majeure partie de son travail – vidéos, photographies, installations – évoque son pays natal, l’Afghanistan. C’est d’ailleurs là qu’elle a tourné quelques-unes des vidéos présentées aujourd’hui à Paris, qui frappent par leur sobriété. Ces œuvres très courtes, pas plus de quelques minutes, jouent sur un principe de répétition, comme si l’histoire ne pouvait avoir de fin. «Depuis que l’Afghanistan s’est transformé en décor de guerre il y a dix ans – trente ans -, écrit-elle, nous sommes devenus légataires d’un exemple clé de l’humanité pour le pire, et, peut-être, pour le meilleur, puisque, par définition, le désastre rompt le processus mécanique de la moralité et nous confronte avec l’ »étrange », le « mystérieux », l’inhumain, le cruel et l’inexplicable.»

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Le Paris de Brassaï

Le plus curieux des photographes du XXe siècle est honoré à l’Hôtel de ville.

«Je m’intéresse à trop de choses. C’est un drame», répétait Brassaï, né le 9 septembre 1899 à Brasso, ville hongroise devenue roumaine, et mort le 8 juillet 1984, à Beaulieu-sur-Mer. Il était si curieux qu’il se sentait partout comme chez lui, y compris à Paris qu’il découvre en 1924, et ne cesse de photographier. Il flâne la nuit, parfois en compagnie d’amis (Léon-Paul Fargue, Raymond Queneau, Henry Miller), et mesure le temps de pose en grillant des cigarettes. Passeront dans son objectif les artistes et les amoureux, les girls des Folies Bergère et la môme Bijou, la maison poulardos et les voyous du pavé parisien, y compris la bande du Grand Albert, qui lui piqua son portefeuille.

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Ojeikere, l’œil de Lagos

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J. D. ’Okhai Ojeikere, l’un des grands photographes africains, est mort, dimanche à Lagos (Nigeria). Il avait 83 ans et n’avait cessé, depuis ses premiers essais avec un Brownie D sans flash, de préserver la culture nigériane, avec l’œil soucieux du sociologue. Il avait travaillé comme «assistant en chambre noire» au ministère de l’Information, puis pour la publicité, dès 1963, avant d’ouvrir son propre studio, en 1975.

Ojeikere représentait, pour la jeune génération, la figure tutélaire de l’artiste dévoué à ses recherches esthétiques, témoin Hairstyles, sa série la plus exposée en Europe. Réalisé au Nigeria entre 1968 et 1999, cet ensemble consacré aux spectaculaires coiffures féminines, riche de mille clichés en noir et blanc, montre comment Ojeikere avait transformé ses portraits en sculptures abstraites, et l’éphémère en éternité. «On ne peut approcher l’art que par désir. L’art est une sensibilité particulière qui ne s’acquiert pas. […] Un bon photographe est toujours sensible à la beauté», avait confié Ojeikere à André Magnin, lors de son exposition, en 2000, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain.

© Photo J.D. ’Okhai Ojeikere. Courtesy Galerie Magnin-A, Paris.

Guido Guidi : suivez le guide !

A la Fondation Henri Cartier-Bresson, une expo, inédite en France, des paysages de l’Italien.

«Veramente» est la première exposition en France de Guido Guidi, né en 1941 à Cesena (nord-est de l’Italie), doublée d’un livre étonnamment beau publié par Mack. C’est un travail si particulier qu’il faut un peu de temps pour comprendre cet Italien au regard réservé et qui aime à parler avec les mains, comme s’il décrivait à son tour les mots de la traductrice. Il nous manque aussi des repères, Guido Guidi est encore peu connu hors de son pays. Il ne sait plus trop comment la photographie a éclipsé ses autres passions, le dessin du mobilier, par exemple, ou ses études d’architecture à Venise.

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