«Small Stories», l’œil de Lynch

david lynch

Le cinéaste américain expose ses images en noir et blanc, teintées d’onirisme, à la MEP à Paris.

Arrivé la veille à Paris, en provenance de Los Angeles, David Lynch découvre «Small Stories», son exposition à la Maison européenne de la photographie (MEP). Tout lui plaît, l’accrochage, la qualité des tirages gélatino-argentiques sur papier baryté, leur format (80 x 90 cm) et même ce rouge cardinal qui orne quelques murs et brise la perspective du regard. «Fantastique», répète-t-il, en fermant parfois les yeux et en les ouvrant très vite, comme s’il rêvait. Il a la distinction de Nicolas de Staël, sa silhouette légèrement penchée et un air émerveillé quand il allume une cigarette «naturelle, que du tabac», qu’il laisse fumer entre ses doigts telle une bougie.

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Dans le plus simple appareil

La galerie Item présente une sélection de nus lynchiens.

«David Lynch n’a rien à prouver, dit Patrice Forest, de la galerie Item, aussi commissaire de l’exposition à la MEP. C’est un artiste complet, façon Renaissance, ouvert sur le monde.» Ils ont imaginé ensemble cette expo, 17 nus ravis en une après-midi de 2012, avec un appareil numérique dans un lieu très lumineux, l’atelier Idem, où Lynch – comme bien d’autres avant lui – imprime ses lithographies. L’atelier est juste à côté de la galerie et quand il est à Paris, Lynch s’y essaie in situ à cet art divinatoire qu’est la lithographie.

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Vivian Maier, au détour d’une rue

vivian maier

En 2007 était découvert, au hasard d’une vente aux enchères, un demi-siècle de photos prises par une mystérieuse gouvernante américaine. Rétrospective à Tours.

Vivian Maier est une énigme. Cette gouvernante américaine, née le 1er février 1926 à New York et morte le 21 avril 2009 à Chicago, qui se promenait avec son Rolleiflex autour du cou. Elle a fait des milliers de photos des familles dont elle gardait les enfants, sans jamais les montrer, ou presque, pas même à ses employeurs. L’inconnue est pourtant devenue, en l’espace de deux ans, l’héroïne d’un roman-photo, ou plutôt d’un polar riche en intrigues. Après trois monographies et des expositions dans le monde entier, le Jeu de paume hors les murs, au château de Tours, rend hommage à cette femme qui s’est tenue en marge de la société, composant un univers dont elle seule possédait la clé.

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«Leur peau pour unique bouclier»

Vingt familles endeuillées par la révolution ont accepté de rencontrer l’artiste, accompagné du scénariste Mahmoud Farag, et figurer dans leur série de triptyques, aux côtés de la victime et de son quartier.

«J’ai vu ces garçons des quartiers populaires qui s’en allaient combattre sans peur de mourir. J’étais impressionné par leur courage. Ils n’avaient rien dans leurs mains, leur peau pour unique bouclier», relate Denis Dailleux. Se posant la question de sa propre bravoure, il décide d’entreprendre un travail de mémoire autour des martyrs de la révolution égyptienne. En janvier 2012, aidé par le scénariste Mahmoud Farag, il parcourt Le Caire en quête de parents dont les enfants sont morts pour leur pays. Vingt familles acceptent de témoigner, dont deux coptes. Les jeunes gens ne sont pas morts sur la place Tahrir, mais dans leur quartier, près des postes de police. Tous ont été tués le vendredi 28 janvier 2011. Parmi eux, Maryam Makram, 16 ans, lycéenne et fiancée, et Hadir Adel Soleiman, collégienne de 14 ans à qui ses professeurs prédisaient «un grand avenir».

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Harry Gruyaert, fondu du Maroc

Le Belge a capté la magie du pays et le quotidien de ses habitants.

Nulle trace des éclats des époux Bowles, écrivains new-yorkais longtemps installés à Tanger, ou des turbulences musicales de Brian Jones dans le Maroc saisi par le photographe Harry Gruyaert. Ce Belge, né en 1941 et adoubé par l’agence Magnum en 1981, ne cherche pas des oasis artificielles, mais «l’expression d’un ravissement», à même de rendre compte de son «envoûtement». D’où le titre concis de son livre, Maroc, qui rend hommage à cette terre où il a appris l’art de l’approche, si nécessaire à qui veut comprendre – ou du moins essayer – ce que vivent quotidiennement les Marocains.

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