Choc !

arnold odermatt

Photographe de police dans le canton suisse de Nidwald, Arnold Odermatt a posé son regard sur des milliers d’accidents de la route. Avec une minutie clinique et un sens inné du tragicomique.

Ces photographies sont extraites de Carambolage, dont la version française vient de paraître aux éditions Steidl. Elles ont été prises en Suisse, dans le canton de Nidwald, où est né Arnold Odermatt, le 29 mai 1925, et où il a travaillé de 1948 à 1990. Il était policier. Et photographe amateur. Cela explique qu’au-delà de la nécessité de documenter les faits, ces photographies traduisent une intuition de la mise en scène et une atmosphère très particulière. On ne voit que les traces de l’accident, même si le bruit hante certains lieux, tôles froissées, poteaux torsadés, crissements des pneus.

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La folie, par mégarde

philippe artières

Trois ans durant, un historien et un photographe ont exploré les archives de l’asile de Picauville. Leur inventaire est exposé à Cherbourg.

La souffrance n’est pas à l’œuvre dans «l’Asile des photographies», même si elle en est la matière première. Entre 2010 et 2013, l’historien Philippe Artières et le photographe Mathieu Pernot ont étudié des archives que leur avaient confiées la Fondation Bon-Sauveur et le Point du jour, centre d’art. Elles étaient simplement rangées dans un carton, dans l’attente d’une renaissance. Cette série d’images, des années 30 à nos jours, la plupart non légendées, retrace le quotidien de l’hôpital psychiatrique de Picauville, à quarante kilomètres de Cherbourg. Leurs auteurs sont anonymes, les patients aussi. On n’y voit rien de la folie telle qu’on l’imagine, encore moins ses châtiments, mais plutôt une apparence de normalité, où chacun reste à sa place, du côté de l’ordre (familles, médecins, bonnes sœurs) comme du désordre (patients), bien qu’il soit possible de nuancer cette double proposition.

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Kate Barry, sans crier grâce

La fille de Jane Birkin, inhumée aujourd’hui, était d’un naturel sensible qui irriguait son travail.

Un certain art de l’effacement. C’est ainsi qu’on pourrait résumer le caractère de Kate Barry, née en 1967 et morte le 11 décembre par défenestration, qui aimait à se définir comme portraitiste et n’a cessé, tout au long de sa vie, de ravir sa famille, mère, sœurs, ou ceux qu’elle croisait en studio lors d’une séance photo.

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Robbe-Grillet au-delà du réal

Les «récits cinématographiques» de l’auteur sont réunis dans un coffret qui permet d’apprécier l’imaginaire d’un écrivain accompli.

La liberté dont nous jouissions dans les années disco, généreuse et extravagante, est à l’œuvre dans le cinéma d’Alain Robbe-Grillet (1922-2008), lequel ne se refuse rien en réalisant des films qui n’ont ni queue ni tête, en apparence. Du premier, l’Immortelle (1963), qu’il n’aimait pas trop, au dernier, C’est Gradiva qui vous appelle (2006), tout n’est qu’une représentation d’un réel fantasmatique, entre la farce de la bande dessinée et la politesse éloquente du polar à l’ancienne. Constante : des dialogues éblouissants, un montage impeccable (signé Bob Wade), peu de musique et des interprètes affectueusement observés. Il y a, dans l’œil de Robbe-Grillet, une volupté enchaînée au sexe féminin, doublée d’un vif plaisir à s’approcher des mâles, comme s’il cherchait son double. Ainsi du plus romantique de ses acteurs, Jean-Louis Trintignant, endimanché d’une fausse moustache qu’il enlève et prête à l’héroïne, Anicée Alvina, pour la protéger des maniaques (le Jeu avec le feu, 1975).

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Faigenbaum, précieux modèles

A Rome, la Villa Médicis consacre une exposition à son ancien pensionnaire.

Patrick Faigenbaum est un homme réfléchi. Depuis ses premiers essais, il ne cesse d’avancer avec une certaine lenteur, donnant du sens et une précision d’orfèvre à sa pratique, fidèle à ses désirs d’adolescent : «Etre un artiste, faire une œuvre.» Nouvelle démonstration à la Villa Médicis, à Rome, où ce «vrai Parisien», né en 1954, expose 75 photographies, dont une série laiteuse de 26 images prises «dans une grande liberté, avec un plaisir fou» à Lys-Chantilly, «un endroit d’enfance où je peignais dans le jardin ou à la cave».

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