Chema Madoz, as de pique

Une maquette très classique, trop, pour Les Règles du jeu, qui poursuit le déploiement des derniers travaux du Madrilène Chema Madoz, entre 2008 et 2014. Lequel fut, on s’en souvient, l’une des surprises toniques des Rencontres d’Arles (quarante-cinquième édition), lors d’une rétrospective qui montra la dynamique sensorielle d’un homme jonglant avec les mots, les images et les sons (on ne dira jamais assez l’importance de la musique en photographie).
Si certaines photographies surréalisantes ratent parfois leur cible, il y a toujours, chez Chema Madoz, ce goût, on n’ose écrire égard, pour une poétique réfléchie. Pas question de perdre inutilement la face, il faut plonger tête la première dans la révolution si sage du noir et blanc, puis se perdre dans ce labyrinthe ludique…
Hors la couverture, superbe, Les Règles du Jeu – et c’est là son tour de force – se pratiquent en solo, ou en groupe. Idée simple : à tour de rôle, chacun choisit une photographie, et explique pourquoi il l’adore (ou la déteste pour les mal-lunés). Moi, par exemple, c’est la carte de pique, le 5, avec ces branches d’arbre sur lesquelles se repose une famille recomposée de hiboux. Bizarre ? C’est le gong Madoz, un grain de folie.

Les Règles du jeu, 2008-2014  de Chema Madoz, Actes Sud, 176 pp., 34 €. Textes de Lourdes Cirlot et Borja Casani.