Claude Ribouillault, les marins d’abord

Plus que le pied marin, il faut avoir l’œil ou l’oreille pour découvrir Musiques d’à bord, composé par Claude Ribouillault, chercheur en patrimoine populaire. C’est un livre si dense qu’il autorise le lecteur à bien des fantaisies, y compris des caprices instantanés. Ainsi peut-il ne regarder que les photographies, comme celle de la page 102, anonyme et bouleversante, de « deux marins assis sur le quai près de leur bateau ». Ou celle, pages 54-55, d’un « marin anglais posant avec son père, vers 1900 ».
Deux exemples parmi tant d’autres illustrations glanées au fil des neuf chapitres, lesquels abordent tous les rythmes des compositions liés aux « aux pratiques des régions, des pays et des ports d’attache ».
On y découvre des instruments étonnants (le luma de métive, un gros escargot de mer), des cornemuses et des mélodéons. On y croise des marins à pompons enlacés sur le pont et des bals aristos ; des mousses affligés (« Pourquoi m’avoir livré l’autre jour ô ma mère/À ces hommes méchants qu’on nomme matelots ») et des forbans anxieux (« Vivre sur mer est ma seule espérance ») ; des sardinières en lutte à Douarnenez et des dockers pacifistes, etc. C’est le point fort de ce livre surprenant, où se retrouve en filigranes l’histoire du monde – grèves, migrations, esclavages -, que d’offrir une odyssée lyrique aux Hommes de la mer chers à John Ford.

Musiques d’à bord, Au gré des flots, au fil de l’eau, de Claude Ribouillault, éditions du Rouergue, 192 pp., 35 €.