Fines herbes

En hommage à Manet l’impressionniste, Manuela Marques photographie une nature à la fois idyllique et inquiétante.

Manuela Marques participe à l’hommage collectif au Déjeuner sur l’herbe (1863), la toile de Manet qui choqua jadis les âmes sensibles. Il n’y a aucune femme nue dans les images si sages de Manuela Marques, mais des inconnus ravis sous une lumière d’été, presque aveuglante. Ils posent et ne s’en cachent pas, essayant de résister à l’attrait du décor, comme s’ils étaient de passage dans ces paysages si champêtres. «C’est une recomposition», précise l’artiste franco-portugaise, née en 1959, qui, pour les deux séries présentées, s’est appuyée sur des souvenirs d’enfance avant de mettre en scène ses personnages prêts à la dérobade.
La baignade au bord d’une rivière, le pique-nique dans un coin du Limousin, tout paraît idyllique. Mais, comme à son habitude, Manuela Marques aime brouiller les pistes. C’est l’effet domino : «Je joue sur des petits détails qui viennent briser les conventions et qui font naître de l’inquiétude. C’est toujours vague, à la limite de l’indicible et, finalement, peut-être plus étrange que menaçant. On pourrait même dire que la menace est un hors-champ dans mon travail.»
D’où cette sensation d’ondulation dans les créations de Manuela Marques, élaborées entre résonance et oubli, dans le contradictoire désir d’obstruer, ou non, la réalité. L’impressionnisme sans psychodrame.

Frac Haute-Normandie, Sotteville-lès-Rouen, jusqu’au 10 octobre. Catalogue publié par Filigranes, 96 pp., 20 euros. Textes de Marc Donnadieu et Philippe Piguet. Rens. : 02 35 72 27 51.