Gilbert Garcin, à grande échelle

gilbert garcin

Il n’y a pas d’âge pour découvrir les facéties existentielles de Gilbert Garcin, né en 1929 à La Ciotat, et qui se plaît à jongler avec le noir et blanc, sablier intemporel. C’est d’abord cela que l’on remarque, son aisance avec l’espace, comme si, image après image, il ne pouvait venir à bout de son inspiration et qu’il lui fallait repousser de visu les limites de la page blanche. C’est le land art en version marginale, qu’il épuise parfois avec des bouts de ficelle, jusqu’à la monotonie. Il est grand, ou minuscule, seul ou avec des boules majuscules, traçant des ronds ou patientant devant une pendule, en haut d’un rocher ou devant un tableau de Hopper… Il a toujours son grand manteau, comme si le monde se cachait au fond de sa poche. Apparition, disparition, présence éloquente.
Gilbert Garcin incarne une certaine idée de la solitude, et un sens de l’eurythmie assez naturel, ce qui donne du charme à son travail. Par leur titre, les légendes de ses photographies signalent combien cet équilibriste se penche aussi sur la gravité de la vie. « Garcin fait du bien. Il dénoue quelque chose. Il rappelle à son public que le même courant, invisible, circule entre naufragés de la réalité » écrit Magali Jauffret dans un texte très inspiré.

© Photo Gilbert Garcin
Gilbert Garcin, Photo Poche n°157, Actes Sud, 144 pp., 13 euros. Texte de Magali Jauffret.