Harry Gruyaert, fondu du Maroc

Le Belge a capté la magie du pays et le quotidien de ses habitants.

Nulle trace des éclats des époux Bowles, écrivains new-yorkais longtemps installés à Tanger, ou des turbulences musicales de Brian Jones dans le Maroc saisi par le photographe Harry Gruyaert. Ce Belge, né en 1941 et adoubé par l’agence Magnum en 1981, ne cherche pas des oasis artificielles, mais «l’expression d’un ravissement», à même de rendre compte de son «envoûtement». D’où le titre concis de son livre, Maroc, qui rend hommage à cette terre où il a appris l’art de l’approche, si nécessaire à qui veut comprendre – ou du moins essayer – ce que vivent quotidiennement les Marocains.

Harry Gruyaert n’ignore rien de leur précarité, des problèmes politiques et sociaux. Il sait même comment «la communication» se révèle parfois prétexte à vanité. S’aventurant en solo dans des paysages éblouissants, le voici qui met en scène, entre mers, ruelles et montagnes de sables, les chuchotements et les mouvements.

D’une photographie à l’autre, se glissant dans la pénombre, il immobilise, de dos, un homme portant un fagot de bois ou simplement assis sur le sol, comme s’il était devenu arbre. Il y a toujours de la magie avec Harry Gruyaert, grâce à ces couleurs maîtrisées qui sont sa signature et à ce goût pour les apparitions voilées, mystère abstrait qu’il partage avec Elias Canetti.

Maroc de Harry Gruyaert Préface de Brice Matthieussent. Textuel photographie, 2013,
120 pp., 69 €.