Homer Sykes sur son île

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Hower Sykes appartient à la tradition des photographes silencieux. Dans les photographies aujourd’hui présentées à Paris, après Gentilly (1), il y a quelque chose qui ressemble à un constat, lequel pourrait valider une époque, en toute simplicité. En l’occurrence, celle des années 1970 et 1980, en Angleterre, où Homer Sykes vit (il est né en 1949 à Vancouver, Canada). Il s’agit donc, et c’est ainsi qu’on le comprend, d’une observation personnelle – comme l’indique le titre, My Britain -, lequel a pris valeur testimoniale avec le temps, nul doute, mais aussi grâce à la distance adoptée par Sykes avec son sujet.

Certes, il est en territoire conquis (les Anglais ont le chic pour poser sans s’effaroucher comme des divas), mais il n’en abuse pas. Aucune confusion, le destin de ses modèles ne lui appartient pas, et il ne cherche pas à le partager ni sur l’instant, ni même pour la postérité. C’est cette sagesse, ou cette retenue, peut-être est-ce plus juste, qui donne à ce travail très journalistique une très grande force. Evidemment, on pense à Don McCullin à ses débuts, ou à Tony Ray-Jones (1941-1972), et ce n’est pas inutile de citer des noms, car Sykes est à la hauteur de leur réputation, même s’il est encore « peu connu ».

Dans son univers, où s’emmêlent clubs de strip-tease et discothèques, rituels populaires et manières snobs, corps agités ou éreintés, il y a beaucoup d’agilité. Celle qui signe le photojournaliste qu’il fut au Proche-Orient ou en Irlande du Nord. Et celle, spirituelle, qui montre combien, en Angleterre et par extension ailleurs, il n’est pas impossible d’exister en noir et blanc. Sykes a de beaux jours devant lui. Et nous aussi.

© Photo Homer Sykes / Courtesy Les Douches La Galerie

Homer Sykes, My Britain 1970-1980, Les Douches La Galerie, 5, rue Legouvé, 75010 Paris (01 78 94 03 00). Jusqu’au 31 octobre.

(1) A la Maison de la Photographie Robert-Doisneau, du 27 juin au 12 octobre 2014.