Joseph Charroy, l’Ukraine d’un été

Ce n’est pas pour rien que La Frontière s’est retrouvée sur la short-list du Nadar 2015. Un signe. Même si, à la première lecture, ce livre à la couverture nacrée paraît si étrange qu’on pourrait passer à côté. Après tout, l’Ukraine appartient d’abord à Boris Mikhailov, c’est comme ça. Mais Joseph Charroy, trente-quatre ans dans un mois, retient l’attention pour peu qu’on ne cherche pas à placer son Ukraine dans une temporalité signifiante. Voilà, dit-il, grosso modo, j’ai passé l’été 2013 là- bas, avec Florence, « aucun but précis, on improvise, (…) plusieurs semaines d’errance, sans rien comprendre à la langue, émerveillés par tout ce qu’on voit (…) ».
Ces quelques mots ne donnent pas tout son sens à La Frontière, mais délivrent le lecteur de toute interprétation complexe. Pas la peine de chercher des clous à marée basse, comme disent certains de nos voisins européens, pourquoi ne pas suivre le guide ?
Il y a des loups dessinés sur un portail, des pastèques sur le sable, des tôles un peu partout, des visages à vif piqués sur le trottoir, des bus jaunes et des filles sur un scooter, comme en Italie. Il y a aussi la mer au bout du sentier, là-bas, on dirait qu’elle est un fluide bleu continu, comme l’aiment les poètes en manque d’horizon. C’est un bout de l’Ukraine vue par Joseph Charroy, et c’est un bon moment.

La Frontière (Ykpaïha) de Joseph Charroy, éditions lamaindonne, 80 pp., 25 €.