Le Paris de Brassaï

Le plus curieux des photographes du XXe siècle est honoré à l’Hôtel de ville.

«Je m’intéresse à trop de choses. C’est un drame», répétait Brassaï, né le 9 septembre 1899 à Brasso, ville hongroise devenue roumaine, et mort le 8 juillet 1984, à Beaulieu-sur-Mer. Il était si curieux qu’il se sentait partout comme chez lui, y compris à Paris qu’il découvre en 1924, et ne cesse de photographier. Il flâne la nuit, parfois en compagnie d’amis (Léon-Paul Fargue, Raymond Queneau, Henry Miller), et mesure le temps de pose en grillant des cigarettes. Passeront dans son objectif les artistes et les amoureux, les girls des Folies Bergère et la môme Bijou, la maison poulardos et les voyous du pavé parisien, y compris la bande du Grand Albert, qui lui piqua son portefeuille.

Il n’est pas épris de l’instantané, il est à l’affût du «côté statique des êtres et des choses», de cet instant «où les visages restent dans leur solitude et leur immobilité». C’est un chasseur sans trophées, car il accorde à ses modèles, anonymes ou célèbres, beaucoup d’humanité. Du Paris canaille au Paris des graffitis, l’exposition -qui l’honore pleinement à l’Hôtel de ville révèle toutes les facettes de ce conteur merveilleux, capable de s’accorder à l’humeur de ses multiples sujets, gargouilles, reines d’un jour ou ouvriers. «C’était un montagnard très cultivé», racontait sa femme Gilberte, «la langue française était pour lui une obsession, et Goethe un gourou».

Hôtel de Ville, salle Saint-Jean, 5 rue Lobau, 75004 Paris, jusqu’au 8 mars. Ouvert tous les jours, sauf dimanches et jours fériés, de 10 à 19 h. Catalogue édité par Flammarion.