L’étoile Peter Lindbergh

Peter Lindbergh, Monaco, 1992.

Le 9 juillet 1994, à Arles, au petit matin, juste avant de s’envoler pour New York, Peter Lindbergh répond au questionnaire de Proust pour la revue L’Insensé. Il est tel qu’en lui-même, flamboyant, joyeux, honnête, ne cherchant jamais à briller, mais prompt à se moquer de lui-même. Il n’est plus, il est parmi les étoiles, à jamais. Il restera dans nos cœurs comme un photographe d’une extrême sensibilité et d’une ardeur jamais démentie. Bien loin du cliché du photographe de mode épris de noir & blanc, Peter Lindbergh (1944-2019) a su montrer combien sa passion pour la photographie était totale. Sans équivoque. Extraits de cette rencontre sous le soleil d’été avec un homme d’une rare intégrité.

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Le principal trait de mon caractère

L’envie d’écouter les autres.

La qualité que je désire chez un homme

La patience, dans le sens le plus large du mot.

La qualité que je préfère chez une femme

La patience, encore, avec cette capacité qu’ont les femmes aimées de vous accorder de l’espace. De vous laisser tel que vous êtes face à la vie.

Mon principal défaut

J’aime trop la photographie. Rien ne pourrait m’arrêter ! Du moins, je le crois. Ou, pour dire autrement, j’ai peur que si l’on m’enlève la photographie, il ne me reste pas grand chose !

Mon occupation préférée

De sentir des petits nuages qui creusent le cerveau et qui deviennent, quelques semaines plus tard, de petites images.

Mon rêve de travail

Mélanger le travail et la vie privée sans qu’aucun n’en souffre.

Quel serait mon plus grand malheur

Arrêter d’apprendre. Toute impression de stagnation. Ne plus pouvoir inventer. Perdre l’insécurité. En un mot, ne plus douter.

Ce que je voudrais être

Être encore mieux dans ce que je suis.

Le pays où je désirerais vivre

Un pays où tout le monde est bien, où l’égoïsme n’a pas encore été inventé. C’est une vraie illusion, non ?

(…)

Ma devise

L’indépendance. Être capable de tout changer, à tout moment.

© Photo Brigitte Ollier