L’habit fait le soldat

Des Suisses du Vatican aux gardes royaux espagnols, le photographe français Charles Fréger a passé en revue les régiments les plus prestigieux pour «Empire», son dernier livre.

Treizième ouvrage de Charles Fréger, Empire réunit in situ 25 régiments de 17 pays, des carabiniers du prince de Monaco à la Guardia Real, en Espagne. Un tableau d’honneur plutôt masculin (mais il y a quelques femmes), débordant de panache et totalement dans la lignée de ce photographe épris d’inventaire, né le 25 janvier 1975 à Bourges et formé à l’école des beaux-arts de Rouen. «Cette démarche un peu systématique, dit Fréger, me donne de l’équilibre. Les gens que je photographie prennent des postures particulières. Leurs attitudes ne sont pas neutres ; ici, ils assument leur fierté.»

Boutons dorés, épaulettes à pompons, chapeaux en peau d’ours, tout surprend chez ces jeunes recrues aux joues fraîches, sanglées dans leurs tenues codées, impeccables des pieds à la tête. C’est l’art de la parade en version hiératique. Beaucoup de costumes sont très beaux et, dans leur anachronisme, ressemblent à des boucliers polychromes qui brouillent les identités. Que cachent ces apprentis caméléons sous leur panoplie militaire ? «Ce sont des uniformes de représentation, précise Fréger, et, parfois, certains sont lourds, historiquement. Ce qui me fascine, c’est la diversité des groupes et comment ils arrivent à vivre en communauté et à créer des liens.» D’où son impatience à être au plus près de chaque modèle, comme s’il voulait comprendre, voire dévoiler au grand jour, son désir d’assimilation. Rituel du photographe : des lumières très étudiées et la contre-plongée, qui offre un accès direct au portraituré, comme s’il était né au garde-à-vous dans le cadre. Charles Fréger, carrure imposante et mains larges, se tient à genoux, accroupi devant ses modèles, en quête d’intimité. Ce qu’il cherche absolument : «Les yeux. Si on ne voit pas les yeux, on a tout l’accoutrement, mais rien sur la photo.»
La chance l’a accompagné au long de ce projet, réalisé entre octobre 2004 et mars 2007. Il lui a fallu de la patience, de l’énergie, mais il a l’habitude : des majorettes aux lutteurs de sumo, les portraits de groupe ne s’improvisent pas. Prochaine étape : les communautés proches du paganisme.

Empire, de Charles Fréger, préface de Prosper Keating, éd. Thames & Hudson (diffusion Interart), 176 pp., 39,90 euros.