Ndioum, les travaux et les jours

Depuis vingt-cinq ans, André Lejarre enregistre le quotidien de Ndioum, village sénégalais.

andré lejarreParce qu’il y retrouvait «la lenteur paysanne de son enfance dans le Loiret», André Lejarre a commencé à photographier Ndioum, il y a vingt-cinq ans. Ndioum, un gros village à l’est de Saint-Louis, près du fleuve Sénégal, où vivent 12 000 habitants. «Un village ordinaire», note Lejarre, l’un des fondateurs du collectif le Bar Floréal. Son souhait : observer la vie quotidienne, loin des clichés d’une «Afrique pittoresque, violente ou aimable, (…) ou de celle qui nous est continuellement montrée dans les médias, violente, barbare, théâtre de guerres civiles et de massacres»

Africaine, publié par Créaphis, réunit donc soixante-quatre photographies, des instantanés paisibles. Y apparaissent Salamata et ses cinq filles, sa sœur aînée Dondé, Baye, le responsable du bac et fin pêcheur, ou Adama qui vend l’huile d’arachide à la pompe dans son magasin à la façade jaune Kodak. Des figures rituelles, auxquelles s’ajoutent les mille et un événements, les travaux et les jours, tous ces gestes qui, au fil des ans, transforment Ndioum, progressivement. L’arrivée de la télévision, la première récolte de riz, la collecte du bois mort, l’heure du thé, le cours de pulaar, tout se mélange avec une certaine harmonie. Et André Lejarre regarde «son» village grandir, à l’ombre du baobab, «demeure des esprits».

La couverture, délicate, résume parfaitement le propos d’Africaine : Coumbayelle, une nièce de Samalata, et Boubou, son bébé. On ne distingue pas leurs visages, juste la main de la jeune mère, comme un bouclier d’amour.

Africaine, par André Lejarre, éditions Créaphis (diffusion Seuil), 112 pp., 25 euros.
Texte de Boubacar Boris Diop, Les sentiers de Misira.