«Montrer que l’esprit vacille»

Révélé en 2008, le Suédois Joakim Eneroth, qui publie un livre et expose actuellement à Paris, décrypte l’aspect méditatif et minimal de son travail.

De son pays natal, Joakim Eneroth, 41 ans, a donné en 2008 un premier aperçu avec Alone With Others, et surtout Swedish Red (1). Derrière sa série de façades rouges implantées dans la banlieue de Stockholm, le photographe suédois, éduqué dans un environnement anarchiste, dressait en finesse un portrait contrasté de la réussite sociale. Gros succès critique et institutionnel – notamment à Londres, à la Tate Modern, qui a fait l’acquisition de huit tirages pour sa prestigieuse collection. 
Paraît aujourd’hui Short Stories of the Transparent Mind/Nouvelles de l’esprit transparent, doublé d’une exposition à la School Gallery, à Paris. D’une manière plus radicale, comme déterminé à en finir avec les apparences et les illusions, Eneroth s’engage dans un processus plus intime, en quête de «ce silence subtil de l’existence où la conscience devient pure». Entre autoportrait pensif et mise en scène minimaliste, Short Stories… trouble les codes de la photographie, comme un baromètre déglingué.
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Callahan au doigté et à l’œil

L’Américain décliné en une centaine de tirages à la Fondation Cartier-Bresson.

Variations décline en une centaine de tirages l’œuvre très originale de Harry Callahan, né en 1912 à Detroit, Michigan, et mort en 1999 à Atlanta, Georgie. Le titre de l’exposition, malgré sa banalité, peut donner la mesure d’un autodidacte en quête de son propre langage, toujours curieux et insatiable, comme il l’écrira en 1964, alors qu’il vient d’être nommé professeur à la Rhode Island School of Design de Providence : «Je photographie de manière continue, souvent sans avoir une bonne idée ou une émotion forte. Durant tout ce temps, les photos sont presque toutes mauvaises, mais je crois qu’elles développent ma vision et m’aident ensuite pour d’autres photos. Je crois très profondément à la photographie et, en la pratiquant de manière intuitive, j’espère qu’elle touchera le cœur des gens qui la regardent.»

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Kertész l’émouvant

Au Jeu de Paume, rétrospective de l’artiste d’origine hongroise.

andré kertészUn monde fou se presse au Jeu de Paume où se tient dans un silence royal la rétrospective d’André Kertész, le photographe le plus inventif du XXe siècle. Celui qui a rêvé, enfant, aux images qu’il prendrait plus tard, et qui n’a eu de cesse de «regarder la vie autour de lui». Il est loin d’être un inconnu, non seulement parce qu’il a légué ses négatifs (aussi ses archives et sa correspondance) à l’Etat français en 1984, mais parce qu’il est encore possible d’acheter ses tirages chez Agathe Gaillard. Elle l’a exposé dès 1975 à Paris, l’été où il était l’invité d’honneur des Rencontres d’Arles, et lui a consacré un livre bouleversant paru chez Belfond en 1980, premier volume d’une collection malheureusement interrompue.

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Vingt Printemps pas vains à Toulouse

L’édition anniversaire du Printemps de septembre confirme son anticonformisme ironique.

Un homme masqué s’avançant dans la Garonne, les pieds dans l’eau, tel un nouveau prophète. Deux acrobates de hula-hoop au septième ciel face à des spectateurs béats d’admiration. Une course de relais dans Berlin avec un drapeau rouge en guise de témoin. Pour fêter ses vingt ans de non-conformisme, le Printemps de septembre a choisi d’être au cœur de l’action, avec une série de performances et d’expositions proposées par Isabelle Gaudefroy et Eric Mangion. C’est une édition en mouvement où l’instantané fait loi, même si certaines performances sont projetées en différé, ce qui, du coup, amène un autre regard sur l’exercice de l’art.

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Haïti, derrière les masques

Le carnaval de Jacmel photographié par Leah Gordon.

Depuis quinze ans, avec son Rolleicord, Leah Gordon enregistre le rituel du Carnaval de Jacmel sur la côte sud d’Haïti. Paru au début de l’été, Kanaval rassemble ce long travail en noir & blanc, entre dépouillement et mascarade, dans la pure tradition de d’un échange désiré. Qu’elle explique ainsi à Richard Fleming : « Je me promène dans les rues à la recherche de personnages qui accepteraient d’être pris en photo. Quand ils acceptent, ils sont toujours très patients avec le long procédé (…). Mon appareil est totalement manuel. Mes images ont toujours une qualité statique puisque le procédé prend un certain temps. Mais il se crée alors un espace entre mon sujet et moi qui permet de mettre de côté le remue-ménage de la rue et d’entrer dans le territoire d’un studio de prise de vue à l’ancienne. »
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