«Eviter que le regard ne se perde»

Scénographe de l’exposition consacrée à Heinrich Kühn au musée de l’Orangerie, Virginia Fienga détaille les joies et contraintes inhérentes à sa fonction.

Heinrich Kühn (1866-1944) est l’archétype du photographe amateur. Son rêve : l’image parfaite, qu’il cherche désespérément, y compris en famille, en ravissant ses quatre enfants, et même leur gouvernante britannique, Mary Warner. Natures mortes ou prairies tyroliennes aux couleurs vertueuses, cet Autrichien célèbre la gomme bichromatée et la virilité artistique du médium, rejoignant le courant pictorialiste et ses gourous américains, Steiglitz et Steichen. Entre déboires et malheurs, Kühn, tenté sur le tard par le parti nazi, laisse un héritage visuel abondant, dont des autochromes à la beauté flamboyante.
Après l’Albertina de Vienne et avant Houston, les œuvres d’Heinrich Kühn sont accrochées à Paris, à l’Orangerie. Il y a une certaine monotonie à découvrir ses études obsessionnelles, si peu joyeuses, mais le visiteur est aidé par une scénographie ingénieuse. Responsable de ce petit miracle, Virginia Fienga, architecte muséographe de l’établissement public du musée d’Orsay et du musée de l’Orangerie (EPMO), où elle travaille depuis quatre ans «à trouver le point d’équilibre, pour que la mise en scène ne confine pas à une décoration gratuite».

Continuer la lecture de « «Eviter que le regard ne se perde» »

Des pépites africaines à la peine aux enchères

Seul un quart des lots proposés mardi à Bruxelles a trouvé preneur.

Avant-hier avait lieu à Bruxelles, chez Pierre Bergé & associés, une vente de photographies africaines. Une première en Europe, et un nouveau pas vers la reconnaissance artistique d’un continent longtemps ignoré. On se souvient avec émotion de la première Biennale de la photographie africaine, lancée à Bamako, au Mali, en 1994, par Françoise Huguier et Bernard Descamps. Un coup de dés décisif, qui propulsa sur la scène internationale des ambassadeurs visuels aujourd’hui célébrés, du Malien Seydou Keïta (1921-2001) au Centrafricain Samuel Fosso.

Continuer la lecture de « Des pépites africaines à la peine aux enchères »

Les désunis d’Amérique

Bruce Wrighton s’attachait aux milieux populaires et à la banalité du quotidien. Ce témoin des années Reagan, disparu à 38 ans, est exposé à Paris.

«Il n’est pas dans la photographie qui claque ou dans le pathétique, mais dans le registre de l’empathie», note Françoise Morin face aux portraiturés de Bruce Wrighton (1950-1988) qu’elle expose dans sa galerie parisienne embossée près du canal Saint-Martin (1). Elle a repéré ce photographe américain l’an passé, à Paris Photo, sur le stand de Laurence Miller, un confrère new-yorkais. «Ce fut un vrai choc», poursuit-elle avec enthousiasme, découvrant peu à peu «l’œuvre rare d’un homme qui aimait les gens et ne jugeait personne
Continuer la lecture de « Les désunis d’Amérique »