Les désunis d’Amérique

Bruce Wrighton s’attachait aux milieux populaires et à la banalité du quotidien. Ce témoin des années Reagan, disparu à 38 ans, est exposé à Paris.

«Il n’est pas dans la photographie qui claque ou dans le pathétique, mais dans le registre de l’empathie», note Françoise Morin face aux portraiturés de Bruce Wrighton (1950-1988) qu’elle expose dans sa galerie parisienne embossée près du canal Saint-Martin (1). Elle a repéré ce photographe américain l’an passé, à Paris Photo, sur le stand de Laurence Miller, un confrère new-yorkais. «Ce fut un vrai choc», poursuit-elle avec enthousiasme, découvrant peu à peu «l’œuvre rare d’un homme qui aimait les gens et ne jugeait personne
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«Défendre la photographie comme un mode de vie»

Jean-Luc Monterosso, directeur artistique 2010 du Mois de la photo, évoque trente ans de pratique.

Marathon frénétique des années paires, le Mois de la photo fête ses 30 ans avec 58 expositions et une série d’animations et de rencontres. Thème de cette édition, «Paris collectionne» flotte telle une ombre portée sur la Ville lumière, ses institutions, ses galeries, ses instituts culturels et autres espaces plus ou moins historiques. L’affiche, où s’aimantent les pièces farfelues d’un appareil photo XXL, est signée Vik Muniz, un artiste brésilien jamais à court de fantaisie. Chargé de l’édition 2010, Jean-Luc Monterosso, le directeur de la Maison européenne de la photographie (MEP), fait le point sur ce festival de l’image qui avait accueilli, en 2008, plus de 100 000 visiteurs, sans compter ceux des galeries.

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«Montrer que l’esprit vacille»

Révélé en 2008, le Suédois Joakim Eneroth, qui publie un livre et expose actuellement à Paris, décrypte l’aspect méditatif et minimal de son travail.

De son pays natal, Joakim Eneroth, 41 ans, a donné en 2008 un premier aperçu avec Alone With Others, et surtout Swedish Red (1). Derrière sa série de façades rouges implantées dans la banlieue de Stockholm, le photographe suédois, éduqué dans un environnement anarchiste, dressait en finesse un portrait contrasté de la réussite sociale. Gros succès critique et institutionnel – notamment à Londres, à la Tate Modern, qui a fait l’acquisition de huit tirages pour sa prestigieuse collection. 
Paraît aujourd’hui Short Stories of the Transparent Mind/Nouvelles de l’esprit transparent, doublé d’une exposition à la School Gallery, à Paris. D’une manière plus radicale, comme déterminé à en finir avec les apparences et les illusions, Eneroth s’engage dans un processus plus intime, en quête de «ce silence subtil de l’existence où la conscience devient pure». Entre autoportrait pensif et mise en scène minimaliste, Short Stories… trouble les codes de la photographie, comme un baromètre déglingué.
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Callahan au doigté et à l’œil

L’Américain décliné en une centaine de tirages à la Fondation Cartier-Bresson.

Variations décline en une centaine de tirages l’œuvre très originale de Harry Callahan, né en 1912 à Detroit, Michigan, et mort en 1999 à Atlanta, Georgie. Le titre de l’exposition, malgré sa banalité, peut donner la mesure d’un autodidacte en quête de son propre langage, toujours curieux et insatiable, comme il l’écrira en 1964, alors qu’il vient d’être nommé professeur à la Rhode Island School of Design de Providence : «Je photographie de manière continue, souvent sans avoir une bonne idée ou une émotion forte. Durant tout ce temps, les photos sont presque toutes mauvaises, mais je crois qu’elles développent ma vision et m’aident ensuite pour d’autres photos. Je crois très profondément à la photographie et, en la pratiquant de manière intuitive, j’espère qu’elle touchera le cœur des gens qui la regardent.»

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