Andrea Torres Balaguer, trait d’union

Andrea Torres Balaguer, The unknown 2016

(…) Pour The Unknown, sa dernière série réalisée en 2017 et 2018, Andrea Torres Balaguer a réfléchi sur « le concept d’identité et l’importance de l’identité lorsqu’on évoque le portrait ». Elle est allée plus loin en se mettant elle-même en scène. Pourquoi ? Parce qu’elle trouvait « très agressif » cette absence de visage masqué par un trait de pinceau, peint directement sur l’image : « Non seulement je vole l’identité du modèle, mais je mets le coup de pinceau qui dissimule le visage. C’est pourquoi j’ai décidé de faire des autoportraits. Et, du coup, il y a ce nouveau sens : c’est moi qui me déprend de mon identité, et je deviens ce que le spectateur veut que je devienne. Dès lors, j’ai de multiples identités nouvelles, sauf mon identité originale ».
Ce sont des portraits éloquents (…) qui expriment tout à la fois force et retenue avec beaucoup de raffinement. On peut y lire aussi une forme de résistance au narcissisme classique de l’autoportrait, comme s’il y avait une défaillance à se regarder sans rien faire. D’où ce coup de pinceau sidérant, qui coupe la tête d’une manière énergique, révolutionnaire, déplacée. Un trait d’union calligraphié entre peinture et photographie.(…)

© Photo Andrea Torres Balaguer, courtesy in camera galerie

in camera galerie, 21, rue Las Cases 75007 Paris (01 47 05 51 77), jusqu’au 31 juillet 2018.

Dans la peau de Samuel Fosso

Un album miroir des rêves panafricanistes d’avant les indépendances.

samuel fosso

Ne pas se fier aux yeux de biche de Samuel Fosso, bien moins dupe qu’il n’y paraît, et assez lucide pour maîtriser son destin. Qui bascula un jour de 1994, quand Bernard Descamps, en quête de photographes pour les premières Rencontres de Bamako, au Mali, s’arrêta dans son studio de Bangui, en République centrafricaine.

Quelques mois plus tard, l’on découvrait les autoportraits de ce jeune Ibo, né le 17 juillet 1962 à Kumba au Cameroun, s’exerçant au rite de la pose en solitaire, entre imitation et autocélébration, pour finir les pellicules entamées pour ses clients. Pourquoi lui ? Parce qu’il s’estime naturellement beau, «le nez élancé, le visage mince et souriant. Une personne qui ne sourit jamais a toujours l’air d’un chien méchant. Je suis bien conçu, pas trop grand, une taille de guêpe et des petits pieds, je chausse du 39».

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