L’étoile Peter Lindbergh

Peter Lindbergh, Monaco, 1992.

Le 9 juillet 1994, à Arles, au petit matin, juste avant de s’envoler pour New York, Peter Lindbergh répond au questionnaire de Proust pour la revue L’Insensé. Il est tel qu’en lui-même, flamboyant, joyeux, honnête, ne cherchant jamais à briller, mais prompt à se moquer de lui-même. Il n’est plus, il est parmi les étoiles, à jamais. Il restera dans nos cœurs comme un photographe d’une extrême sensibilité et d’une ardeur jamais démentie. Bien loin du cliché du photographe de mode épris de noir & blanc, Peter Lindbergh (1944-2019) a su montrer combien sa passion pour la photographie était totale. Sans équivoque. Extraits de cette rencontre sous le soleil d’été avec un homme d’une rare intégrité.

Continuer la lecture de « L’étoile Peter Lindbergh »

Disparition de Joël Brard, un ami de la photographie

Disparition de Joël Brard

Joël Brard avait cette réserve qu’affectionnent les hommes discrets, l’air d’être en retrait quand il ne n’était pas. Il écoutait, puis se mettait à rire quand l’histoire lui plaisait. Il aimait à rendre service, ne se souciant pas d’en faire trop ou pas assez, l’important était d’être efficace. Il prenait parfois les choses très au sérieux, mais pas toujours, et nous avons souvent eu froid ensemble, notamment aux Rencontres d’Arles, lors de ces soirées diaboliques au Théâtre Antique, où le vent nous surprenait, frissonnant à l’amble, écharpes autour du cou. Nous aimions l’un comme l’autre le soleil qui change tout en or. Et la chaleur euphorisante d’une amitié jamais démentie, et dont la Maison Européenne de la Photographie ne fut qu’un point de rendez-vous.
Joël Brard est mort jeudi 4 mai 2017, à Paris
Cher Joël, beaucoup de souvenirs en ta compagnie.
Pensées à Vanessa, à Nathalie, à ceux qui furent près de toi.

© Photo Brigitte Ollier

Hommage à Paul Tourenne (1923-2016), ténor des Frères Jacques

En février 2005, à l’occasion de la sortie d’un double DVD (chez Rym Musique Vidéo), Paul Tourenne, le cadet des Frères Jacques, groupe fétiche des années 60, raconte leurs trente-sept ans de carrière.

Surnommés par Yvan Audouard «les athlètes complets de la chanson», les Frères Jacques ont, pendant trente-sept ans, chanté avec les pieds et les mains. Comme dans une photo d’Etienne-Jules Marey, ils ont symbolisé le mouvement arrêté, s’accordant au rythme des paroles dans leurs corps moulés de nylon – une idée de Jean-Denis Malclès. Loin d’être des enfants de choeur, «ces comédiens qui chantent», selon les mots de Jacques Canetti, ont donné vie à des textes grinçants (les Bonnes, satire antibourgeoise), rigolos (Chanson sans calcium, «C’est une chanson pas dans le vent/Qu’a besoin de fortifiant/Tellement elle est minable…»), pure poésie (Prévert, Queneau, Vian) ou tristes à pleurer, de l’Entrecôte, leur première rengaine, à la Branche, quatre minutes de philosophie de rue : «C’est comme ça qu’on vit/On est sur la corde raide/A chaque instant on croit qu’elle cède/Et puis un peu de soleil luit/Et on oublie.»
Continuer la lecture de « Hommage à Paul Tourenne (1923-2016), ténor des Frères Jacques »

Disparition de Louis Stettner (1922-2016)

Le Centre Pompidou, où il fut exposé il y a peu, annonce la disparition de Louis Stettner, à l’âge de 93 ans (il était né le 7 novembre 1922, à New York). C’était un Américain friand de France – où il s’était finalement installé -, d’une grande discrétion, et qui appartenait à cette génération de photographes épris d’humanisme. Il avait une silhouette hustonnienne, une barbe grise, et un drôle de chapeau. « Une création familiale », avait-il dit alors qu’il présentait quarante-quatre tirages au Comptoir de la photographie, un lieu chaleureux dans le quartier de la Bastille, à la fin des années quatre-vingt.
Beaucoup de ses photographies nous sont familières. Celle d’un jeune homme à Brooklyn, face à Manhattan, étendu bras en croix sur un banc (« beaucoup y voient l’agonie d’un individu en face de la civilisation industrielle »), ou cette femme portant des pêches, à Mexico, qui paraissent dessiner un étrange visage composé de fruits.
Il avait un goût du cadrage, très précis, dans la lignée de ses maîtres, Stieglitz, Strand et Weegee. Et, à côté de la photographie, il peignait / il sculptait… Pour apprécier une œuvre, disait-il, il faut « le recul du temps ».

Disparition de Shirley Jaffe (1923-2016)

Shirley Jaffe est morte jeudi 29 septembre 2016, à 93 ans, à Paris. Nous l’avions rencontrée chez elle il y a trois ans alors qu’elle exposait en Bretagne, à Locquirec, pas si loin du Domaine de Kerguéhennec, où Frédéric Paul, alors directeur de ce centre d’art contemporain, l’avait magnifiquement honorée en 2008.

Shirley Jaffe atelier, Paris, 2008.frédéric paul

Shirley Jaffe reçoit dans son atelier-appartement, à Paris, non loin du collège des Bernardins dont elle apprécie «l’architecture si pure». Cette artiste américaine vit en France depuis 1949 (elle est née en 1923, dans le New Jersey), et s’y plaît, ayant même adopté, d’après ses amis, «une vision à la française et certains mots-clés», sans préciser lesquels, car Shirley Jaffe est tout en retenue, à l’image de son rouge à lèvres irisé, posé telle une ombre invisible.
Quand une question ne l’inspire pas, aucune broderie, la réponse tombe tel un couperet. Pas de dates ni de flash-back, nul désir d’évoquer les amitiés disparues ou de traîner dans les coulisses de l’art en dévoilant ses connaissances, il ne s’agit pas de parader, mais d’être dans la clarté. Surtout dans le présent, qu’elle accueille avec beaucoup de grâce, et autant de gaieté que d’agilité.
Continuer la lecture de « Disparition de Shirley Jaffe (1923-2016) »