Malick Sidibé, un homme de parole

Malick Sidibé

Malick Sidibé est mort jeudi 14 avril 2016, à Bamako (Mali). Il avait 80 ans. C’était un sage. Un homme de parole. Qui n’a pas cessé, au long de son existence, et lorsqu’il est devenu célèbre, de montrer comment l’Afrique ne pouvait se réduire à quelques clichés. Il n’était pas seulement un reporter de Bamako, enraciné à Daoudabougou, mais un homme ouvert sur le monde. Ses photographies magnifiques ont révélé sa joie de vivre. Son goût des autres. Son esprit de la mise en scène. Et ce soin particulier qu’il avait, où qu’il se trouve, à Maputo ou à Guingamp, de relier sa terre natale et son village de Soloba au reste de l’univers. Parmi nos derniers échanges, cet extrait : « Le soleil, ça brûle, ça efface, moi, j’aime la brume, ça me rappelle la création de la Terre. Un jour, alors que j’étais au Portugal, à Coimbra, j’ai vu la brume descendre sur la colline, et j’imaginais la création, les animaux, la mise en place de la nature et de l’assemblée des hommes. »

© Photo Brigitte Ollier

Pour retrouver Malick Sidibé, cet interview de Vincent Godeau, en automne 2010.
Pour revoir quelques photographies, le site d’André Magnin :

Tribute to Jean-Pierre Gapihan

Jean-Pierre Gapihan ne disait pas « Je sais », mais « On essaie ». Tel était son esprit : ne pas intimider celui qui venait, photographe du dimanche, collectionneur, galeriste ou artiste coté, et le laisser expliquer à son rythme ce dont il avait envie… Et c’est pourquoi nous allions d’un bon pas à son atelier, près du métro Alexandre Dumas, à Paris, pour imaginer l’avenir avec lui, sûr que, d’un coup de baguette magique, il allait transformer l’œuvre en chef-d’œuvre. C’était un encadreur de génie.
Jean-Pierre Gapihan était un homme passionné et d’une grande patience.
Il avait le don de l’effacement. Une sorte d’absolu.
Il est mort le mardi 16 juin 2015.

© Photo Brigitte Ollier

Michel Vanden Eeckhoudt, un homme debout

Le photographe belge et cofondateur de l’agence VU, connu notamment pour ses clichés d’animaux, est mort samedi à 67 ans.

Michel Vanden Eeckhoudt est mort samedi, chez lui, à Bruxelles, sa ville natale, des suites d’un cancer. Il avait 67 ans. Ce photographe belge représentait l’excellence d’une profession alors affamée de réciprocité et en prise avec le réel, qu’il soit morose – ou non, là n’était pas la question, il s’agissait d’en rendre compte. Peu enclin aux bavardages, il était prêt à parler jusqu’à la fin du jour de la pertinence d’une prise de vue, et de l’éclat du noir et blanc dont il fut un ardent protecteur. Il était d’une grande loyauté envers son propre travail, tout autant qu’avec celui des autres, appartenant à cette génération généreuse, où la priorité n’était pas de profiter d’une situation, mais d’en proposer le meilleur, voire de le partager en toute discrétion. C’était un homme très fin, un temps compagnon d’aventures de Libération, pour lequel il partit en Martinique et en Sicile, et qui participa à la fondation de l’agence VU, à Paris, en 1986.

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Lewis Baltz, pavillons en berne

lewis baltz

Le plus européen des photographes américains, associé au mouvement New Topographics, est décédé samedi, à 69 ans.

Lewis Baltz est mort samedi à Paris, des suites d’un cancer du poumon. Il avait 69 ans. Toute sa vie, il incarna la figure d’un artiste en marge de la photographie, loin de ses éblouissements éphémères, soucieux de décrire l’état d’un monde sous surveillance s’avançant placidement vers le chaos grâce, entre autres, aux nouvelles technologies. Il était comme un pont suspendu entre deux continents, l’Amérique, où il était né le 12 septembre 1945 à Newport Beach, en Californie du Sud, et l’Europe, tant appréciée, qui lui offrit un refuge sentimental, un cadre empirique et des amitiés absolues. Ainsi celle de l’écrivain Bernard Lamarche-Vadel retraçant dans un manifeste (1) «l’impact» de ce penseur indocile, «le plus grand et le dernier photographe moderne américain» dont l’œuvre fut accueillie avec «bienveillance, enthousiasme et respect».

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Lucien Clergue, une plage se tourne

Ami de Picasso, le photographe fondateur des Rencontres d’Arles est mort samedi à 80 ans.

Quand il racontait ses rencontres avec les grands de la planète, qu’il s’agisse de Kirk Douglas, d’Ansel Adams ou encore d’Henri Cartier-Bresson, Lucien Clergue, avec la verve provençale qui le caractérisait, lançait : «J’étais éberlué.» C’était l’un de ses mots marottes, qui lui convenait bien, à lui, l’Arlésien si attaché à ses racines qu’il donnait l’impression que la terre entière connaissait la ville qui l’avait vu naître le 14 août 1934.

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