Tribute to Jean-Pierre Gapihan

Jean-Pierre Gapihan ne disait pas « Je sais », mais « On essaie ». Tel était son esprit : ne pas intimider celui qui venait, photographe du dimanche, collectionneur, galeriste ou artiste coté, et le laisser expliquer à son rythme ce dont il avait envie… Et c’est pourquoi nous allions d’un bon pas à son atelier, près du métro Alexandre Dumas, à Paris, pour imaginer l’avenir avec lui, sûr que, d’un coup de baguette magique, il allait transformer l’œuvre en chef-d’œuvre. C’était un encadreur de génie.
Jean-Pierre Gapihan était un homme passionné et d’une grande patience.
Il avait le don de l’effacement. Une sorte d’absolu.
Il est mort le mardi 16 juin 2015.

© Photo Brigitte Ollier

Michel Vanden Eeckhoudt, un homme debout

Le photographe belge et cofondateur de l’agence VU, connu notamment pour ses clichés d’animaux, est mort samedi à 67 ans.

Michel Vanden Eeckhoudt est mort samedi, chez lui, à Bruxelles, sa ville natale, des suites d’un cancer. Il avait 67 ans. Ce photographe belge représentait l’excellence d’une profession alors affamée de réciprocité et en prise avec le réel, qu’il soit morose – ou non, là n’était pas la question, il s’agissait d’en rendre compte. Peu enclin aux bavardages, il était prêt à parler jusqu’à la fin du jour de la pertinence d’une prise de vue, et de l’éclat du noir et blanc dont il fut un ardent protecteur. Il était d’une grande loyauté envers son propre travail, tout autant qu’avec celui des autres, appartenant à cette génération généreuse, où la priorité n’était pas de profiter d’une situation, mais d’en proposer le meilleur, voire de le partager en toute discrétion. C’était un homme très fin, un temps compagnon d’aventures de Libération, pour lequel il partit en Martinique et en Sicile, et qui participa à la fondation de l’agence VU, à Paris, en 1986.

Continuer la lecture de « Michel Vanden Eeckhoudt, un homme debout »

Lewis Baltz, pavillons en berne

lewis baltz

Le plus européen des photographes américains, associé au mouvement New Topographics, est décédé samedi, à 69 ans.

Lewis Baltz est mort samedi à Paris, des suites d’un cancer du poumon. Il avait 69 ans. Toute sa vie, il incarna la figure d’un artiste en marge de la photographie, loin de ses éblouissements éphémères, soucieux de décrire l’état d’un monde sous surveillance s’avançant placidement vers le chaos grâce, entre autres, aux nouvelles technologies. Il était comme un pont suspendu entre deux continents, l’Amérique, où il était né le 12 septembre 1945 à Newport Beach, en Californie du Sud, et l’Europe, tant appréciée, qui lui offrit un refuge sentimental, un cadre empirique et des amitiés absolues. Ainsi celle de l’écrivain Bernard Lamarche-Vadel retraçant dans un manifeste (1) «l’impact» de ce penseur indocile, «le plus grand et le dernier photographe moderne américain» dont l’œuvre fut accueillie avec «bienveillance, enthousiasme et respect».

Continuer la lecture de « Lewis Baltz, pavillons en berne »

Lucien Clergue, une plage se tourne

Ami de Picasso, le photographe fondateur des Rencontres d’Arles est mort samedi à 80 ans.

Quand il racontait ses rencontres avec les grands de la planète, qu’il s’agisse de Kirk Douglas, d’Ansel Adams ou encore d’Henri Cartier-Bresson, Lucien Clergue, avec la verve provençale qui le caractérisait, lançait : «J’étais éberlué.» C’était l’un de ses mots marottes, qui lui convenait bien, à lui, l’Arlésien si attaché à ses racines qu’il donnait l’impression que la terre entière connaissait la ville qui l’avait vu naître le 14 août 1934.

Continuer la lecture de « Lucien Clergue, une plage se tourne »

David Armstrong, so long

david armstrong

Mardi 9 mars 2004, à Paris, à l’Alcazar. David Armstrong a une exposition tout près, à la galerie Kamel Mennour. Son titre : Flâneur in Heat. Il est très heureux de ce solo show, et d’être à Paris, la ville d’Eugène Atget, l’un de ses photographes préférés.

Sourire magnifique. Il a ce regard d’enfant confiant qu’il a toujours eu. Et, au plafond, ces jeux de lumière, du vert, du rouge, du hasard. Couleurs de tristesse aujourd’hui, où l’on apprend que David Armstrong est mort samedi 25 octobre à Los Angeles, dans la nuit. Il avait 60 ans. Avec Nan Goldin, il avait publié A Double Life, en 1994. Plus tard, il s’était pris de passion pour les paysages. Sans jamais oublier les beaux garçons. « Ce qui relie les paysages et les portraits, c’est la mélancolie et le désir inassouvi. »

© Photo Brigitte Ollier