Andrea Torres Balaguer, trait d’union

Andrea Torres Balaguer, The unknown 2016

(…) Pour The Unknown, sa dernière série réalisée en 2017 et 2018, Andrea Torres Balaguer a réfléchi sur « le concept d’identité et l’importance de l’identité lorsqu’on évoque le portrait ». Elle est allée plus loin en se mettant elle-même en scène. Pourquoi ? Parce qu’elle trouvait « très agressif » cette absence de visage masqué par un trait de pinceau, peint directement sur l’image : « Non seulement je vole l’identité du modèle, mais je mets le coup de pinceau qui dissimule le visage. C’est pourquoi j’ai décidé de faire des autoportraits. Et, du coup, il y a ce nouveau sens : c’est moi qui me déprend de mon identité, et je deviens ce que le spectateur veut que je devienne. Dès lors, j’ai de multiples identités nouvelles, sauf mon identité originale ».
Ce sont des portraits éloquents (…) qui expriment tout à la fois force et retenue avec beaucoup de raffinement. On peut y lire aussi une forme de résistance au narcissisme classique de l’autoportrait, comme s’il y avait une défaillance à se regarder sans rien faire. D’où ce coup de pinceau sidérant, qui coupe la tête d’une manière énergique, révolutionnaire, déplacée. Un trait d’union calligraphié entre peinture et photographie.(…)

© Photo Andrea Torres Balaguer, courtesy in camera galerie

in camera galerie, 21, rue Las Cases 75007 Paris (01 47 05 51 77), jusqu’au 31 juillet 2018.

Chema Madoz, as de pique

Une maquette très classique, trop, pour Les Règles du jeu, qui poursuit le déploiement des derniers travaux du Madrilène Chema Madoz, entre 2008 et 2014. Lequel fut, on s’en souvient, l’une des surprises toniques des Rencontres d’Arles (quarante-cinquième édition), lors d’une rétrospective qui montra la dynamique sensorielle d’un homme jonglant avec les mots, les images et les sons (on ne dira jamais assez l’importance de la musique en photographie).
Si certaines photographies surréalisantes ratent parfois leur cible, il y a toujours, chez Chema Madoz, ce goût, on n’ose écrire égard, pour une poétique réfléchie. Pas question de perdre inutilement la face, il faut plonger tête la première dans la révolution si sage du noir et blanc, puis se perdre dans ce labyrinthe ludique…
Hors la couverture, superbe, Les Règles du Jeu – et c’est là son tour de force – se pratiquent en solo, ou en groupe. Idée simple : à tour de rôle, chacun choisit une photographie, et explique pourquoi il l’adore (ou la déteste pour les mal-lunés). Moi, par exemple, c’est la carte de pique, le 5, avec ces branches d’arbre sur lesquelles se repose une famille recomposée de hiboux. Bizarre ? C’est le gong Madoz, un grain de folie.

Les Règles du jeu, 2008-2014  de Chema Madoz, Actes Sud, 176 pp., 34 €. Textes de Lourdes Cirlot et Borja Casani.

PHotoEspaña, face à face

A travers 68 expos dans tout Madrid, la 14e édition du festival confronte histoire et identité, art et mémoire.

PHotoEspaña

«Fatigué ?» Pas du tout, répond Gerardo Mosquera, commissaire général de la 14e édition de PHotoEspaña (PHE11) à Madrid, et personnalité notoire du monde de l’art. C’est sa première incursion sur le territoire de la photographie et des arts visuels, et c’est un vrai bonheur, tant ce Cubain attentionné a su tisser un programme d’ouverture riche en découvertes. S’y mêle un désir de relier l’art et la mémoire, aussi bien que l’illusion du contemporain. «Il faut provoquer la pensée sur tous les terrains, et penser à tous les publics. L’art est polyphonique», dit-il pour résumer son programme titré Interfaces. Retrato y Communicación.

Continuer la lecture de « PHotoEspaña, face à face »

Anna Malagrida, à toutes feintes utiles

A Pontault-Combault, l’artiste catalane présente plusieurs séries d’œuvres troublantes qui posent un voile subtil sur le réel.

anna malagridaRemarquée à Madrid, en 2002, lors de la cinquième édition de PhotoEspaña, Anna Malagrida est une photographe qui ne s’oublie pas. Cette Catalane, née à Barcelone en 1970 et vivant à Paris depuis 2004, développe un travail d’une rare subtilité. Il y est question de documenter le réel et de s’en éloigner simultanément. Une affaire de perception, où la photographie a presque un rôle diplomatique, donnant à ressentir et, d’une certaine façon, à espérer, au-delà du cadre même, plongeant le spectateur dans un état hypnotique Continuer la lecture de « Anna Malagrida, à toutes feintes utiles »