Dans la vallée des Indiens Navajo

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Au printemps 2015, Vincent Mercier repart en solo à la conquête de l’Ouest américain. À l’horizon, Monument Valley et John Ford Point, où s’enracine la mémoire des Indiens Navajo comme celle des cinéphiles. Dans ce paysage patrimonial d’une intense beauté, bercé par le vent et une petite musique hollywoodienne, le photographe revisite son enfance de « blanc-bec du Nord », épris d’une lumière crue qui « agit sur lui comme un fluide ».
John Ford Point raconte l’histoire de ce voyage en vingt-trois photographies. Plus qu’une suite de souvenirs personnels, ou un hymne au panorama, elles sont des variations limpides autour d’une vallée mythique, qui était « l’endroit préféré » de John Ford. Tout y est à échelle humaine ; tout y est prodigieusement dessiné ; tout y parle de la disparition et du temps volé à l’éternité.
John Ford Point, édité par Filigranes, est le deuxième livre de Vincent Mercier. Il est aussi un tribut à l’Amérique en version originale et en couleurs, avec un texte de Brigitte Ollier.

© Photo Vincent Mercier
John Ford Point, Filigranes Éditions, 56 pp., 30 €.

Disparition de Louis Stettner (1922-2016)

Le Centre Pompidou, où il fut exposé il y a peu, annonce la disparition de Louis Stettner, à l’âge de 93 ans (il était né le 7 novembre 1922, à New York). C’était un Américain friand de France – où il s’était finalement installé -, d’une grande discrétion, et qui appartenait à cette génération de photographes épris d’humanisme. Il avait une silhouette hustonnienne, une barbe grise, et un drôle de chapeau. « Une création familiale », avait-il dit alors qu’il présentait quarante-quatre tirages au Comptoir de la photographie, un lieu chaleureux dans le quartier de la Bastille, à la fin des années quatre-vingt.
Beaucoup de ses photographies nous sont familières. Celle d’un jeune homme à Brooklyn, face à Manhattan, étendu bras en croix sur un banc (« beaucoup y voient l’agonie d’un individu en face de la civilisation industrielle »), ou cette femme portant des pêches, à Mexico, qui paraissent dessiner un étrange visage composé de fruits.
Il avait un goût du cadrage, très précis, dans la lignée de ses maîtres, Stieglitz, Strand et Weegee. Et, à côté de la photographie, il peignait / il sculptait… Pour apprécier une œuvre, disait-il, il faut « le recul du temps ».

Jerry Berndt, la maîtrise du réel

Trois ans après The Combat Zone, du nom d’un quartier chaud de Boston (Massachusetts), la galerie in camera présente Beautiful America de Jerry Berndt, né en 1943 à Milwaukee (Wisconsin) et mort en 2013 à Paris (France). En une vingtaine de tirages en noir et blanc, dont certains extraits de The Combat Zone, renaît l’Amérique des années Vietnam et de Bob Dylan. Une approche à hauteur d’homme. Des éclats de solitude. Le chant continu de la majorité silencieuse.

© Photo Jerry Berndt, courtesy in camera galerie
in camera galerie, 21, rue Las Cases 75007 Paris (01 47 05 51 77), jusqu’au 22 octobre.

Arlene Gottfried, une âme de nouvelliste

Arlene Gottfried

D’où vient ce sentiment immédiat de familiarité avec Arlene Gottfried et son New York des années 70 et 80 ? Le noir & blanc ? Les attractions de Coney Island ? Les fantaisies des uns et des autres dans les rues de Brooklyn ? L’allure extravagante de certains modèles et leur nonchalance affichée, sans aucun complexe ? Oui, mais plus que ça.
Il y a chez cette photographe américaine, qui expose pour la première fois à Paris, quelque chose de vrai. Comme si elle était elle-même sous l’emprise de la réalité qu’elle donne à découvrir. C’est cette vérité qui nous plait. Pas de sentence, pas de bruit, du brut. Des élans chaleureux. Et souvent très drôles, car elle aime à ne pas distinguer le masculin du féminin. Ou l’animal de sa maîtresse. Elle ne cherche pas à classifier, elle brouille plus ou moins les pistes, elle a une âme de nouvelliste. Chaque portrait réveille l’imaginaire, c’est si bon…
Arlene Gottfried a aussi la foi. Elle chante sur son site. Une pure merveille.

© Photo Arlene Gottfried / Courtesy Les Douches la Galerie.

Les Douches La Galerie, 5 rue Legouvé, 75010 Paris (01 78 94 03 00), jusqu’au 5 mars.

Eve Arnold, un regard sans concession

Disparition. Première femme à avoir rejoint l’agence Magnum en 1951, la photographe est morte à 99 ans.

Eve Arnold est morte hier à Londres, dans une maison de retraite. Elle avait 99 ans. Première femme à rejoindre l’agence Magnum en 1951, l’Américaine fut une photographe légendaire, tout autant par la qualité de ses reportages que par sa ténacité – comme les photojournalistes de cet âge d’or – à être au cœur de ses sujets. Presque dans leur ombre. Comme lorsqu’elle immortalisa la fragilité transparente de Marilyn Monroe sur le tournage des Misfits, film culte de John Huston, dans un corps-à-corps d’une grande sensualité, sous la lumière surnaturelle du désert du Nevada.

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