Andrea Torres Balaguer, trait d’union

Andrea Torres Balaguer, The unknown 2016

(…) Pour The Unknown, sa dernière série réalisée en 2017 et 2018, Andrea Torres Balaguer a réfléchi sur « le concept d’identité et l’importance de l’identité lorsqu’on évoque le portrait ». Elle est allée plus loin en se mettant elle-même en scène. Pourquoi ? Parce qu’elle trouvait « très agressif » cette absence de visage masqué par un trait de pinceau, peint directement sur l’image : « Non seulement je vole l’identité du modèle, mais je mets le coup de pinceau qui dissimule le visage. C’est pourquoi j’ai décidé de faire des autoportraits. Et, du coup, il y a ce nouveau sens : c’est moi qui me déprend de mon identité, et je deviens ce que le spectateur veut que je devienne. Dès lors, j’ai de multiples identités nouvelles, sauf mon identité originale ».
Ce sont des portraits éloquents (…) qui expriment tout à la fois force et retenue avec beaucoup de raffinement. On peut y lire aussi une forme de résistance au narcissisme classique de l’autoportrait, comme s’il y avait une défaillance à se regarder sans rien faire. D’où ce coup de pinceau sidérant, qui coupe la tête d’une manière énergique, révolutionnaire, déplacée. Un trait d’union calligraphié entre peinture et photographie.(…)

© Photo Andrea Torres Balaguer, courtesy in camera galerie

in camera galerie, 21, rue Las Cases 75007 Paris (01 47 05 51 77), jusqu’au 31 juillet 2018.

Jerry Berndt, la maîtrise du réel

Trois ans après The Combat Zone, du nom d’un quartier chaud de Boston (Massachusetts), la galerie in camera présente Beautiful America de Jerry Berndt, né en 1943 à Milwaukee (Wisconsin) et mort en 2013 à Paris (France). En une vingtaine de tirages en noir et blanc, dont certains extraits de The Combat Zone, renaît l’Amérique des années Vietnam et de Bob Dylan. Une approche à hauteur d’homme. Des éclats de solitude. Le chant continu de la majorité silencieuse.

© Photo Jerry Berndt, courtesy in camera galerie
in camera galerie, 21, rue Las Cases 75007 Paris (01 47 05 51 77), jusqu’au 22 octobre.

Gerard Petrus Fieret, un nouveau souffle

gerard petrus fieret

On oublie parfois que la photographie peut être une raison de vivre, et non une raison sociale. Elle gagne non seulement le cœur et les yeux, mais tout, de la tête aux doigts de pieds, elle emplit le corps. Une vraie folie. Il y avait beaucoup de dinguerie chez Gerard Petrus Fieret, né le 19 janvier 1934 à La Haye (Pays-Bas) où il mourut le 22 janvier 2009. Entre 1965 et le milieu des années 70, ce Hollandais tout droit sorti d’un polar de Chandler ne respecta aucun code et fonça à toute vitesse, imposant au médium ses propres visions, entre nonchalance et compulsion.
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Sabine Weiss, à l’intuition

sabine weiss

« Ce qui est fugitif me plaît », aime à dire Sabine Weiss, 91 ans, qui expose à Paris et à Tours une large partie de son œuvre, dont de nombreux instantanés méconnus. Elle a cette qualité de saisir la vie sans chichis, et de s’attarder là où d’autres ne s’arrêteraient pas, isolant parfois ça et là des scènes d’une rare mélancolie, assez proche, au fond, de la temporalité des mots chère à Nathalie Sarraute. Pour autant, Sabine Weiss, formée à la technique de la photographie auprès des Boissonnas, l’atelier mythique de Genève, n’a jamais cherché à orienter son travail dans telle ou telle direction. Elle avance à l’intuition, et avec un grand enthousiasme, en quête de cet inattendu qui l’a amené à tenter sa chance dans de multiples domaines, ainsi la mode.
Au fil des expositions qui lui rendent hommage, se découvre la personnalité d’une femme discrète qui ne suivit aucun modèle, et dont la rue fut un laboratoire permanent. « La photographie m’apaise », dit-elle aujourd’hui, entourée d’un univers riche d’une humanité qu’elle a protégée de toute banalité.

© Photo Sabine Weiss / Courtesy Les Douches la Galerie

Les Douches la Galerie, 5 rue Legouvé 75010 Paris (01 78 94 03 00), jusqu’au 30 juillet. Également au château de Tours (02 47 21 61 95), jusqu’au 30 octobre.