La baronne de Crussol, s’il vous plaît

Elisabeth Louise Vigée Le BrunVoici l’un des plus beaux portraits de la rétrospective consacrée à Elisabeth Louise Vigée Le Brun (1755-1842), au Grand Palais, à Paris. Dans cette oasis où règnent les femmes bien nées, la baronne de Crussol étonne. Non à cause de la partition de Gluck qu’elle tient entre ses mains (Echo et Narcisse), ou de son costume velouteux en rouge et noir, mais de son attitude, tout simplement. Il y a là comme l’impression d’un accord parfaitement interrompu. Un moment d’enchantement entre l’artiste et son modèle. Temps de pose, et plaisir, peut-être intuitif, de (se) regarder au-delà du miroir. L’atout nature du dix-huitième siècle, encore bien loin de la révolution photographique.

© Photo Daniel Martin

http://www.grandpalais.fr, galeries nationales, jusqu’au 11 janvier 2016. Catalogue édité par la Réunion des Musées Nationaux.

Rineke Dijkstra, le geste au plus juste

rineke dijkstra

La photographe néerlandaise expose à Paris deux vidéos sur des adolescentes en quête de perfection.

En deux vidéos réalisées l’an passé en Russie, The Gymschool, St Petersburg et Marianna (The Fairy Doll), Rineke Dijkstra, 55 ans, poursuit sa réflexion sur le temps de l’adolescence. Il ne s’agit pas, pour cet artiste néerlandaise, de documenter le réel, mais de l’interroger, comme si elle démontait le mécanisme d’une horloge à seule fin d’en brouiller la régularité.

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Pieter Hugo, facettes intimes

pieter hugo

Le Sud-Africain autodidacte présente à la Fondation Henri Cartier-Bresson sa nouvelle série «Kin», une quarantaine d’œuvres entre portraits et natures mortes.

Après la Fundacio Foto Colectania, à Barcelone, Paris et la Fondation Henri Cartier-Bresson accueillent Pieter Hugo en solo. C’est une chance. En quarante épreuves aux couleurs sourdes, ce photographe autodidacte, né le 29 octobre 1976 à Johannesburg (Afrique du Sud), met en jeu sa propre image. Avec sa nouvelle série, intitulée Kin (l’intime), il a décidé de s’exposer tout cru. Un geste volontaire et audacieux qui ressemble à une mise à nu manifeste, humblement acceptée, et revendiquée sans effet dramatique. Ce Hugo-là n’est pas un homme de théâtre. Il l’annonce clairement, avant même le début officiel de la conférence de presse, plutôt que de choisir le flou, parfois associé à la sphère privée ou gage d’une proximité feutrée, il a tranché pour «une photographie hyperréaliste, précise, très concrète».

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Mikhailov Paris

La galerie parisienne Suzanne Tarasieve expose la série «Arles, Paris… And.» de l’irrévérencieux artiste de Kharkiv.

boris mikhailovBoris Mikhailov, 76 ans, vit entre Berlin et Kharkiv (Ukraine), sa ville natale. Sa dernière série inédite, réalisée entre Paris et Arles, de 1989 à aujourd’hui, prouve son amour fou pour la France, ses paysages urbains et la Camargue, donc, en bonus argentique. Vita, sa muse, accueille le spectateur impressionné par cette figure de proue posant sur une locomotive à l’arrêt. Le portrait est formidable, on y reconnaît les anciens ateliers SNCF, friche pratique des Rencontres d’Arles en version François Hébel (son ex-directeur) ; ce pourrait être l’affiche des Rencontres 2015, quelle classe.

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William Eggleston, une idée de l’esquive

A Paris, la Fondation Henri-Cartier-Bresson expose le travail du pionnier américain de la couleur.

William Eggleston n’est pas un inconnu. «Le William Faulkner de la photographie», chantent les Américains, après l’avoir critiqué comme s’il était un gredin, lors de sa rétrospective au MoMA en 1976. Les Français, eux, se réjouissent de le voir régulièrement exposé, ainsi ses parades éclatantes à la Fondation Cartier (sans Bresson) pour l’art contemporain à Paris, en 2001, ou au Laac de Dunkerque en 2005.

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