Fines herbes

En hommage à Manet l’impressionniste, Manuela Marques photographie une nature à la fois idyllique et inquiétante.

Manuela Marques participe à l’hommage collectif au Déjeuner sur l’herbe (1863), la toile de Manet qui choqua jadis les âmes sensibles. Il n’y a aucune femme nue dans les images si sages de Manuela Marques, mais des inconnus ravis sous une lumière d’été, presque aveuglante. Ils posent et ne s’en cachent pas, essayant de résister à l’attrait du décor, comme s’ils étaient de passage dans ces paysages si champêtres. «C’est une recomposition», précise l’artiste franco-portugaise, née en 1959, qui, pour les deux séries présentées, s’est appuyée sur des souvenirs d’enfance avant de mettre en scène ses personnages prêts à la dérobade.
La baignade au bord d’une rivière, le pique-nique dans un coin du Limousin, tout paraît idyllique. Mais, comme à son habitude, Manuela Marques aime brouiller les pistes. C’est l’effet domino : «Je joue sur des petits détails qui viennent briser les conventions et qui font naître de l’inquiétude. C’est toujours vague, à la limite de l’indicible et, finalement, peut-être plus étrange que menaçant. On pourrait même dire que la menace est un hors-champ dans mon travail.»
D’où cette sensation d’ondulation dans les créations de Manuela Marques, élaborées entre résonance et oubli, dans le contradictoire désir d’obstruer, ou non, la réalité. L’impressionnisme sans psychodrame.

Frac Haute-Normandie, Sotteville-lès-Rouen, jusqu’au 10 octobre. Catalogue publié par Filigranes, 96 pp., 20 euros. Textes de Marc Donnadieu et Philippe Piguet. Rens. : 02 35 72 27 51.

Samuel Fosso, le Narcisse noir

«Libération» part à la rencontre de personnalités hors normes. Aujourd’hui, un photographe centrafricain qui revendique sa négritude dans des autoportraits fantaisistes.

En février 1994, le photographe Bernard Descamps passe quelques jours à Bangui, capitale de la République centrafricaine. Il vient de quitter les Pygmées aka, peuple de chasseurs-cueilleurs enracinés le long de la rivière Lobaye. Il a en tête la future biennale de Bamako (Mali), le rendez-vous des photographes africains, dont la première édition est prévue à la fin de l’année. Au représentant de Kodak, il pose donc sa question rituelle : connaît-il des photographes à Bangui ?
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Tranquillité atomique

Le photographe Jürgen Nefzger propose un tour d’horizon des centrales nucléaires européennes.

Septième livre de Jürgen Nefzger, Fluffy Cloudsnuages cotonneux») dévoile, sur quatre saisons, les alentours des centrales nucléaires européennes. Nefzger ne cherche pas la polémique, ou le ridicule. Mais plutôt la mise en perspective de cet univers aussi inscrit dans notre environnement que les troupeaux de vaches dans nos prairies. D’ailleurs, «le paysage conflictuel» est l’une des marottes de cet Allemand, né à Fürth en 1968 et formé à la photographie en France, à l’Ecole nationale supérieure d’Arles, de 1991 à 1994.

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L’habit fait le soldat

Des Suisses du Vatican aux gardes royaux espagnols, le photographe français Charles Fréger a passé en revue les régiments les plus prestigieux pour «Empire», son dernier livre.

Treizième ouvrage de Charles Fréger, Empire réunit in situ 25 régiments de 17 pays, des carabiniers du prince de Monaco à la Guardia Real, en Espagne. Un tableau d’honneur plutôt masculin (mais il y a quelques femmes), débordant de panache et totalement dans la lignée de ce photographe épris d’inventaire, né le 25 janvier 1975 à Bourges et formé à l’école des beaux-arts de Rouen. «Cette démarche un peu systématique, dit Fréger, me donne de l’équilibre. Les gens que je photographie prennent des postures particulières. Leurs attitudes ne sont pas neutres ; ici, ils assument leur fierté.»

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