Arlene Gottfried, une âme de nouvelliste

Arlene Gottfried

D’où vient ce sentiment immédiat de familiarité avec Arlene Gottfried et son New York des années 70 et 80 ? Le noir & blanc ? Les attractions de Coney Island ? Les fantaisies des uns et des autres dans les rues de Brooklyn ? L’allure extravagante de certains modèles et leur nonchalance affichée, sans aucun complexe ? Oui, mais plus que ça.
Il y a chez cette photographe américaine, qui expose pour la première fois à Paris, quelque chose de vrai. Comme si elle était elle-même sous l’emprise de la réalité qu’elle donne à découvrir. C’est cette vérité qui nous plait. Pas de sentence, pas de bruit, du brut. Des élans chaleureux. Et souvent très drôles, car elle aime à ne pas distinguer le masculin du féminin. Ou l’animal de sa maîtresse. Elle ne cherche pas à classifier, elle brouille plus ou moins les pistes, elle a une âme de nouvelliste. Chaque portrait réveille l’imaginaire, c’est si bon…
Arlene Gottfried a aussi la foi. Elle chante sur son site. Une pure merveille.

© Photo Arlene Gottfried / Courtesy Les Douches la Galerie.

Les Douches La Galerie, 5 rue Legouvé, 75010 Paris (01 78 94 03 00), jusqu’au 5 mars.

Mode de vie d’un Allemand à New York

Erwin Blumenfeld (1897-1969) est un ogre. Son terrain de chasse, c’est la mode, qu’il porte aux nues après avoir ouvert son studio à Manhattan, sur Central Park, en 1943. Il travaille beaucoup pour Vogue, le Harpers’ Bazaar, les magazines chics qui laissent carte blanche à cet alchimiste des couleurs.

A l’époque, cet exilé allemand – devenu citoyen américain en 1946 – est considéré comme l’un des photographes les mieux payés au monde et un top photographer d’après Life Magazine. Il est surtout l’un des plus inventifs, animé par une curiosité insatiable (premier appareil photo à 10 ans, premier autoportrait en Pierrot à 14 ans). Il dévore la littérature, c’est un Européen au cœur mélancolique. Cecil Beaton, «le lord Byron de la caméra», l’admire et le pousse à écrire sa fabuleuse autobiographie, Jadis et Daguerre, où Blumenfeld annonce sa propre mort («Mes yeux glacés scrutaient les nirvânas»).

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Berenice Abbott, l’instant à l’état brut

berenice abbott

Le regard de l’Américaine sur son pays révélé au Jeu de Paume.

De Cocteau à Isamu Noguchi, de Julien Levy à Man Ray, les beaux gosses des années 30 s’affichent au Jeu de Paume. Derrière l’objectif, Berenice Abbott (1898-1991), une Américaine amoureuse de la France et de la liberté qu’elle y trouva lors de l’ouverture de son studio, rue du Bac, à Paris. Portraitiste, donc, mais surtout femme généreuse, cherchant toujours, lors de ses rencontres, à connaître ses interlocuteurs, esprits célèbres ou modestes anonymes, peu importe. C’est grâce à elle que ses compatriotes découvriront Eugène Atget qu’elle croise juste avant qu’il ne meure, et dont elle exporte des milliers de tirages et de plaques négatives aux Etats-Unis. Elle appartient d’ailleurs à la même lignée, lucidité et non-conformisme dans la prise de vues, avec un pied dans la réalité de l’époque, entre conquête de l’air et crise financière.

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William Klein, énergie en rafale

william klein

A 83 ans, le photographe cinéaste américain qui raisonne en peintre et que le passé ennuie collectionne les projets.

Paris, près du Sénat. Des livres empilés, des bibelots, des miniatures indiennes, les peintures de Jeanne, d’origine flamande, rencontrée à Paris alors qu’elle apprenait le russe et la sculpture. La femme d’une vie, aujourd’hui disparue. Le chat est quelque part dans l’appartement, peut-être viendra-t-il, annonce William Klein, 83 ans, surgissant dans le salon, canne à la main (un genou amoché). Il faudrait qu’il marche, le jardin du Luxembourg est à ses pieds, mais non, il grogne. N’ira pas, voilà !

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