Charles Fremont, Paris sous clef

On sait combien, depuis L’Invention de Paris, son livre-culte paru en 2002, Eric Hazan aime retracer l’histoire et les rêveries de la Ville Lumière. Amateur éclairé, Charles Fremont (1855-1930) ne pouvait que lui plaire, en quelque sorte, il l’attendait… Voici donc le fruit de leur rencontre, Charles Fremont, Paris au temps des fiacres, un beau livre si justement réussi qu’il donne envie de remonter le temps pour sentir la brise du passé.
On y découvre un Paris populaire, où tout paraît s’emboiter parfaitement, ciel et terre soudés par les pavés : la publicité typographique et les tondeurs de chiens, les éléphants sur les boulevards et les marchands de liqueurs, les garibaldiens et les cyclistes en jupes qui laissent baba les badauds… C’est le Paris d’avant 14, qui pleure aux funérailles de Louis Pasteur, et s’ébaubit devant l’exubérance de l’Exposition Universelle de 1900. C’est le Paris des gosses de rue, pieds nus sur les quais, l’une des photographes les plus surprenantes, avec le portrait d’une belle inconnue dans un café, sosie de Marguerite Duras.
Charles Fremont se lance dans la photographie en 1885, tout en continuant à travailler, il est « un artisan lettré » comme le définit si bien Eric Hazan. Il est très épris de Montmartre – il y restera toute sa vie – qu’il regarde avec tendresse. Et nous aussi.

Charles Fremont, Paris au temps des fiacres, Photographies, 1885-1914, Eric Hazan, Seuil, 144 pp., 35 €.

La baronne de Crussol, s’il vous plaît

Elisabeth Louise Vigée Le BrunVoici l’un des plus beaux portraits de la rétrospective consacrée à Elisabeth Louise Vigée Le Brun (1755-1842), au Grand Palais, à Paris. Dans cette oasis où règnent les femmes bien nées, la baronne de Crussol étonne. Non à cause de la partition de Gluck qu’elle tient entre ses mains (Echo et Narcisse), ou de son costume velouteux en rouge et noir, mais de son attitude, tout simplement. Il y a là comme l’impression d’un accord parfaitement interrompu. Un moment d’enchantement entre l’artiste et son modèle. Temps de pose, et plaisir, peut-être intuitif, de (se) regarder au-delà du miroir. L’atout nature du dix-huitième siècle, encore bien loin de la révolution photographique.

© Photo Daniel Martin

http://www.grandpalais.fr, galeries nationales, jusqu’au 11 janvier 2016. Catalogue édité par la Réunion des Musées Nationaux.