Helmut Newton, hors d’œuvre

Huit ans après la mort de l’artiste, le Grand Palais présente une rétrospective sur 700 m2, avec plus de 240 clichés rendant hommage au travail du photographe et à ses obsessions.

Et revoici Helmut Newton (1920-2004), le chéri de ces dames, installé tel un coq en pâte au Grand Palais, à Paris, dans un nid de couleurs suaves, limite Marie-Antoinette. Un côté midinette qui surprend, tant le «Dr Fantasme», comme se définissait lui-même Newton, ne faisait pas dans la dentelle. D’où les attaques assidues des ami(e)s des droits de la femme, irrité(e)s par ces visions de bêtes curieuses, exhibées comme à la foire, face au grand méchant loup de la photographie. Qui, jusqu’à aujourd’hui, malgré une ribambelle de copieurs, n’a pas été dépassé : Helmut sera toujours Newton.

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Vive Robert Doisneau !

robert doisneau

Pour le centenaire de sa naissance, le 14 avril, une série d’hommages à l’auteur de Mademoiselle Anita

Robert Doisneau (1912-1994) est le photographe de l’année, inscrit au programme des célébrations nationales, et l’on fêtera en majesté, le 14 avril, le centenaire de sa naissance. Top départ des festivités avec ses photographies des Halles, présentées à l’Hôtel de Ville de Paris jusqu’au 28 avril, doublé d’un ouvrage publié par Flammarion avec un texte documenté de Vladimir Vasak ; le premier tirage (8 000 exemplaires) est déjà épuisé. Sur la couverture, un boucher en compagnie d’une tête de veau, symbole du ventre de Paris, le «village» où Doisneau vagabondera pendant quarante ans. Première photo en 1933, les Filles au diable, au pied de l’église Saint-Eustache, et les dernières le 5 septembre 1979, lors de l’inauguration du forum des Halles, actuellement en chantier, ironie de l’histoire.

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La Goutte-d’Or à demeures

hortense soichet

De tanière en loft, zoom sur un quartier du XVIIIe à Paris.

«C’est mieux que les Champs-Elysées, Barbès», chante Rachid Taha, et c’est vrai. Dernière preuve, Intérieurs, entièrement réalisé à la Goutte-d’Or, par Hortense Soichet, née à Toulouse en 1982 et titulaire d’un doctorat d’esthétique. Son propos : montrer comment vivent les habitants de ce quartier au nord de Paris, classé zone urbaine sensible (ZUS), où ça bouge dans tous les sens – trop, se plaignent certains riverains de cet arrondissement encore populaire, le XVIIIe.

Sans appétit pour le sensationnel, Hortense Soichet dévoile une quarantaine de logements. Des tanières et des lofts, qu’elle immortalise à nu, c’est-à-dire hors la présence des locataires-propriétaires dans le cadre. Surgissent alors des décors qui apparaissent plus ou moins douillets, reflets maniaques ou insouciants parfois d’une incongruité affirmée, telle cette chambre à coucher avec deux niches confortables au pied du lit. Ou d’un dénuement impossible à imaginer, ainsi cette pièce de 25 mètres carrés située rue Myrha, refuge précaire d’une famille de quatre personnes.

Pour la photographe, il s’agit, comme l’explique le sociologue Yankel Fijalkow, de «proposer une autre posture, fondée sur le dialogue avec l’habitant dans la perspective d’un travail collaboratif». Hortense Soichet développe une manière sensible d’appréhender l’espace. Car chaque appartement est légendé, donnant à entendre la voix de celui ou celle qui y demeure. C’est là, dans ce court-circuit continu entre mots et photos, qu’impressionne ce travail «quasi inédit dans les études urbaines», selon Fijalkow.

Loin d’un Paris métamorphosé en Disneyland, Intérieurs impose une représentation anticonformiste du foyer, où chacun cherche son équilibre au fil de ses habitudes.

© Photo Hortense Soichet

Intérieurs logements à la Goutte-d’Or d’Hortense Soichet, Creaphis éditions, 180 pp., 25 €.