Disparition de Shirley Jaffe (1923-2016)

Shirley Jaffe est morte jeudi 29 septembre 2016, à 93 ans, à Paris. Nous l’avions rencontrée chez elle il y a trois ans alors qu’elle exposait en Bretagne, à Locquirec, pas si loin du Domaine de Kerguéhennec, où Frédéric Paul, alors directeur de ce centre d’art contemporain, l’avait magnifiquement honorée en 2008.

Shirley Jaffe atelier, Paris, 2008.frédéric paul

Shirley Jaffe reçoit dans son atelier-appartement, à Paris, non loin du collège des Bernardins dont elle apprécie «l’architecture si pure». Cette artiste américaine vit en France depuis 1949 (elle est née en 1923, dans le New Jersey), et s’y plaît, ayant même adopté, d’après ses amis, «une vision à la française et certains mots-clés», sans préciser lesquels, car Shirley Jaffe est tout en retenue, à l’image de son rouge à lèvres irisé, posé telle une ombre invisible.
Quand une question ne l’inspire pas, aucune broderie, la réponse tombe tel un couperet. Pas de dates ni de flash-back, nul désir d’évoquer les amitiés disparues ou de traîner dans les coulisses de l’art en dévoilant ses connaissances, il ne s’agit pas de parader, mais d’être dans la clarté. Surtout dans le présent, qu’elle accueille avec beaucoup de grâce, et autant de gaieté que d’agilité.
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La baronne de Crussol, s’il vous plaît

Elisabeth Louise Vigée Le BrunVoici l’un des plus beaux portraits de la rétrospective consacrée à Elisabeth Louise Vigée Le Brun (1755-1842), au Grand Palais, à Paris. Dans cette oasis où règnent les femmes bien nées, la baronne de Crussol étonne. Non à cause de la partition de Gluck qu’elle tient entre ses mains (Echo et Narcisse), ou de son costume velouteux en rouge et noir, mais de son attitude, tout simplement. Il y a là comme l’impression d’un accord parfaitement interrompu. Un moment d’enchantement entre l’artiste et son modèle. Temps de pose, et plaisir, peut-être intuitif, de (se) regarder au-delà du miroir. L’atout nature du dix-huitième siècle, encore bien loin de la révolution photographique.

© Photo Daniel Martin

http://www.grandpalais.fr, galeries nationales, jusqu’au 11 janvier 2016. Catalogue édité par la Réunion des Musées Nationaux.

Hervé Télémaque au Centre Pompidou

Hervé Télémaque

A Paris, rétrospective du peintre d’origine haïtienne aux influences multiples, qui navigue entre les Caraïbes, New York et la France.

Tout réjouit dans la rétrospective consacrée à Hervé Télémaque, né le 5 novembre 1937 à Port-au-Prince (Haïti) et naturalisé français en 1985. Il y a 35 peintures, 9 dessins, 11 collages, 12 objets et 7 assemblages réunis au quatrième étage du centre Pompidou, celui des collections, dans un espace harmonieusement composé. La plupart proviennent, c’est à remarquer en ces temps qui glorifient sans vergogne l’art privé, de collections publiques françaises. On y voit comment cet artiste fertile ne cesse d’irriguer sa propre histoire en la mettant en scène, entre théâtralité et effacement, non par embarras mais par un goût affirmé de l’ironie. Télémaque aime le plaisir visible et ne se prive pas de le faire savoir, pourquoi pas !

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Anna-Eva Bergman au naturel

anna-eva bergman

La galerie Jérôme Poggi, à Paris, se consacre à l’artiste norvégienne.

Dans son deuxième espace parisien inauguré ce printemps, juste en face du Centre Pompidou, Jérôme Poggi présente Anna-Eva Bergman (Stockholm 1909-Grasse 1987) avec la collaboration de Christine Lamothe. C’est un solo show, et les quinze œuvres exposées, toutes réalisées dans les années 70, procurent un plaisir extrêmement vif, à la fois dépaysant et familier.

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Guillaume Pinard, l’art glouton

guillaume pinard

En solo et en couleur, 25 toiles duelles et 3 vidéos.

«Sa grande frousse, c’est d’être dans une sorte de confort. Quand il avance, il fait toujours un pas dans le vide», dit Anne Barrault à propos de Guillaume Pinard, dont elle présente la troisième exposition en solo dans son nouvel espace très lumineux. Titrée «Royal Iris», cette suite de vingt-cinq diptyques signe, après «Tomate», l’approche inédite de cet artiste impatient et prolifique, né en 1971 à Nantes.

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