L’étoile Peter Lindbergh

Peter Lindbergh, Monaco, 1992.

Le 9 juillet 1994, à Arles, au petit matin, juste avant de s’envoler pour New York, Peter Lindbergh répond au questionnaire de Proust pour la revue L’Insensé. Il est tel qu’en lui-même, flamboyant, joyeux, honnête, ne cherchant jamais à briller, mais prompt à se moquer de lui-même. Il n’est plus, il est parmi les étoiles, à jamais. Il restera dans nos cœurs comme un photographe d’une extrême sensibilité et d’une ardeur jamais démentie. Bien loin du cliché du photographe de mode épris de noir & blanc, Peter Lindbergh (1944-2019) a su montrer combien sa passion pour la photographie était totale. Sans équivoque. Extraits de cette rencontre sous le soleil d’été avec un homme d’une rare intégrité.

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Andrea Torres Balaguer, trait d’union

Andrea Torres Balaguer, The unknown 2016

(…) Pour The Unknown, sa dernière série réalisée en 2017 et 2018, Andrea Torres Balaguer a réfléchi sur « le concept d’identité et l’importance de l’identité lorsqu’on évoque le portrait ». Elle est allée plus loin en se mettant elle-même en scène. Pourquoi ? Parce qu’elle trouvait « très agressif » cette absence de visage masqué par un trait de pinceau, peint directement sur l’image : « Non seulement je vole l’identité du modèle, mais je mets le coup de pinceau qui dissimule le visage. C’est pourquoi j’ai décidé de faire des autoportraits. Et, du coup, il y a ce nouveau sens : c’est moi qui me déprend de mon identité, et je deviens ce que le spectateur veut que je devienne. Dès lors, j’ai de multiples identités nouvelles, sauf mon identité originale ».
Ce sont des portraits éloquents (…) qui expriment tout à la fois force et retenue avec beaucoup de raffinement. On peut y lire aussi une forme de résistance au narcissisme classique de l’autoportrait, comme s’il y avait une défaillance à se regarder sans rien faire. D’où ce coup de pinceau sidérant, qui coupe la tête d’une manière énergique, révolutionnaire, déplacée. Un trait d’union calligraphié entre peinture et photographie.(…)

© Photo Andrea Torres Balaguer, courtesy in camera galerie

in camera galerie, 21, rue Las Cases 75007 Paris (01 47 05 51 77), jusqu’au 31 juillet 2018.

Disparition de Joël Brard, un ami de la photographie

Disparition de Joël Brard

Joël Brard avait cette réserve qu’affectionnent les hommes discrets, l’air d’être en retrait quand il ne n’était pas. Il écoutait, puis se mettait à rire quand l’histoire lui plaisait. Il aimait à rendre service, ne se souciant pas d’en faire trop ou pas assez, l’important était d’être efficace. Il prenait parfois les choses très au sérieux, mais pas toujours, et nous avons souvent eu froid ensemble, notamment aux Rencontres d’Arles, lors de ces soirées diaboliques au Théâtre Antique, où le vent nous surprenait, frissonnant à l’amble, écharpes autour du cou. Nous aimions l’un comme l’autre le soleil qui change tout en or. Et la chaleur euphorisante d’une amitié jamais démentie, et dont la Maison Européenne de la Photographie ne fut qu’un point de rendez-vous.
Joël Brard est mort jeudi 4 mai 2017, à Paris
Cher Joël, beaucoup de souvenirs en ta compagnie.
Pensées à Vanessa, à Nathalie, à ceux qui furent près de toi.

© Photo Brigitte Ollier

Ferdinand Contat, ouvrage sur mesure

Ferdinand Contat, Nains, hercules & géants, Humanités prises par la taille, par Claude RibouillaultLe Savoyard Ferdinand Contat (1902-1940) est l’un des personnages attachants du nouvel album de Claude Ribouillault, Nains, hercules et géants. Plus que sa taille ou sa pointure, ce colosse en costume élégant surprend par son envergure majestueuse, abritant sous son aile un homme si étrangement petit qu’on ne le voit pas. C’est pourtant lui qui paraît donner l’échelle, haussant avec aisance le bras gauche pour toucher la main de Ferdinand Contat, laquelle paraît indiquer, non une direction mais un point final. Voilà, semble-t-il indiquer, tous les deux, nous en sommes là.
Il y a beaucoup de moments émouvants dans ce livre magique, où se croisent nos peurs et nos élans d’enfant, tour à tour éblouis par des images d’Epinal ou surpris par des rivalités qui affectent à l’identique les gros comme les maigrichons. En ce cas, l’appareil-photo joue souvent la démocratie, accueillant sans sourciller les poids plume, les vraies marionnettes et les faux hercules de foire. Bonus en page 138 : Mac Karty, l’homme accumulateur, sosie parfait de l’électrique Buster Keaton… Et d’autres géants attachants, de tous pays, comme Ondor Gongor, sur le site The TallestMan.com.

Nains, hercules & géants, Humanités prises par la taille, par Claude Ribouillault, Rouergue, 160 pp., 29, 90 €.

© Photo : Claude Ribouillault/Rouergue

Dans la vallée des Indiens Navajo

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Au printemps 2015, Vincent Mercier repart en solo à la conquête de l’Ouest américain. À l’horizon, Monument Valley et John Ford Point, où s’enracine la mémoire des Indiens Navajo comme celle des cinéphiles. Dans ce paysage patrimonial d’une intense beauté, bercé par le vent et une petite musique hollywoodienne, le photographe revisite son enfance de « blanc-bec du Nord », épris d’une lumière crue qui « agit sur lui comme un fluide ».
John Ford Point raconte l’histoire de ce voyage en vingt-trois photographies. Plus qu’une suite de souvenirs personnels, ou un hymne au panorama, elles sont des variations limpides autour d’une vallée mythique, qui était « l’endroit préféré » de John Ford. Tout y est à échelle humaine ; tout y est prodigieusement dessiné ; tout y parle de la disparition et du temps volé à l’éternité.
John Ford Point, édité par Filigranes, est le deuxième livre de Vincent Mercier. Il est aussi un tribut à l’Amérique en version originale et en couleurs, avec un texte de Brigitte Ollier.

© Photo Vincent Mercier
John Ford Point, Filigranes Éditions, 56 pp., 30 €.