Disparition de Joël Brard, un ami de la photographie

Disparition de Joël Brard

Joël Brard avait cette réserve qu’affectionnent les hommes discrets, l’air d’être en retrait quand il ne n’était pas. Il écoutait, puis se mettait à rire quand l’histoire lui plaisait. Il aimait à rendre service, ne se souciant pas d’en faire trop ou pas assez, l’important était d’être efficace. Il prenait parfois les choses très au sérieux, mais pas toujours, et nous avons souvent eu froid ensemble, notamment aux Rencontres d’Arles, lors de ces soirées diaboliques au Théâtre Antique, où le vent nous surprenait, frissonnant à l’amble, écharpes autour du cou. Nous aimions l’un comme l’autre le soleil qui change tout en or. Et la chaleur euphorisante d’une amitié jamais démentie, et dont la Maison Européenne de la Photographie ne fut qu’un point de rendez-vous.
Joël Brard est mort jeudi 4 mai 2017, à Paris
Cher Joël, beaucoup de souvenirs en ta compagnie.
Pensées à Vanessa, à Nathalie, à ceux qui furent près de toi.

© Photo Brigitte Ollier

Ferdinand Contat, ouvrage sur mesure

Ferdinand Contat, Nains, hercules & géants, Humanités prises par la taille, par Claude RibouillaultLe Savoyard Ferdinand Contat (1902-1940) est l’un des personnages attachants du nouvel album de Claude Ribouillault, Nains, hercules et géants. Plus que sa taille ou sa pointure, ce colosse en costume élégant surprend par son envergure majestueuse, abritant sous son aile un homme si étrangement petit qu’on ne le voit pas. C’est pourtant lui qui paraît donner l’échelle, haussant avec aisance le bras gauche pour toucher la main de Ferdinand Contat, laquelle paraît indiquer, non une direction mais un point final. Voilà, semble-t-il indiquer, tous les deux, nous en sommes là.
Il y a beaucoup de moments émouvants dans ce livre magique, où se croisent nos peurs et nos élans d’enfant, tour à tour éblouis par des images d’Epinal ou surpris par des rivalités qui affectent à l’identique les gros comme les maigrichons. En ce cas, l’appareil-photo joue souvent la démocratie, accueillant sans sourciller les poids plume, les vraies marionnettes et les faux hercules de foire. Bonus en page 138 : Mac Karty, l’homme accumulateur, sosie parfait de l’électrique Buster Keaton… Et d’autres géants attachants, de tous pays, comme Ondor Gongor, sur le site The TallestMan.com.

Nains, hercules & géants, Humanités prises par la taille, par Claude Ribouillault, Rouergue, 160 pp., 29, 90 €.

© Photo : Claude Ribouillault/Rouergue

Dans la vallée des Indiens Navajo

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Au printemps 2015, Vincent Mercier repart en solo à la conquête de l’Ouest américain. À l’horizon, Monument Valley et John Ford Point, où s’enracine la mémoire des Indiens Navajo comme celle des cinéphiles. Dans ce paysage patrimonial d’une intense beauté, bercé par le vent et une petite musique hollywoodienne, le photographe revisite son enfance de « blanc-bec du Nord », épris d’une lumière crue qui « agit sur lui comme un fluide ».
John Ford Point raconte l’histoire de ce voyage en vingt-trois photographies. Plus qu’une suite de souvenirs personnels, ou un hymne au panorama, elles sont des variations limpides autour d’une vallée mythique, qui était « l’endroit préféré » de John Ford. Tout y est à échelle humaine ; tout y est prodigieusement dessiné ; tout y parle de la disparition et du temps volé à l’éternité.
John Ford Point, édité par Filigranes, est le deuxième livre de Vincent Mercier. Il est aussi un tribut à l’Amérique en version originale et en couleurs, avec un texte de Brigitte Ollier.

© Photo Vincent Mercier
John Ford Point, Filigranes Éditions, 56 pp., 30 €.

Disparition de Louis Stettner (1922-2016)

Le Centre Pompidou, où il fut exposé il y a peu, annonce la disparition de Louis Stettner, à l’âge de 93 ans (il était né le 7 novembre 1922, à New York). C’était un Américain friand de France – où il s’était finalement installé -, d’une grande discrétion, et qui appartenait à cette génération de photographes épris d’humanisme. Il avait une silhouette hustonnienne, une barbe grise, et un drôle de chapeau. « Une création familiale », avait-il dit alors qu’il présentait quarante-quatre tirages au Comptoir de la photographie, un lieu chaleureux dans le quartier de la Bastille, à la fin des années quatre-vingt.
Beaucoup de ses photographies nous sont familières. Celle d’un jeune homme à Brooklyn, face à Manhattan, étendu bras en croix sur un banc (« beaucoup y voient l’agonie d’un individu en face de la civilisation industrielle »), ou cette femme portant des pêches, à Mexico, qui paraissent dessiner un étrange visage composé de fruits.
Il avait un goût du cadrage, très précis, dans la lignée de ses maîtres, Stieglitz, Strand et Weegee. Et, à côté de la photographie, il peignait / il sculptait… Pour apprécier une œuvre, disait-il, il faut « le recul du temps ».

Jerry Berndt, la maîtrise du réel

Trois ans après The Combat Zone, du nom d’un quartier chaud de Boston (Massachusetts), la galerie in camera présente Beautiful America de Jerry Berndt, né en 1943 à Milwaukee (Wisconsin) et mort en 2013 à Paris (France). En une vingtaine de tirages en noir et blanc, dont certains extraits de The Combat Zone, renaît l’Amérique des années Vietnam et de Bob Dylan. Une approche à hauteur d’homme. Des éclats de solitude. Le chant continu de la majorité silencieuse.

© Photo Jerry Berndt, courtesy in camera galerie
in camera galerie, 21, rue Las Cases 75007 Paris (01 47 05 51 77), jusqu’au 22 octobre.