Thomas Dhellemmes, à la maraîchère

Ceux qui avaient frémi à l’apparition du Royaume des Plantes, de Charles Jones (édité par Thames & Hudson en 1999) trouveront avec Légumineux un prolongement à leur joie discrète. Soit une suite de légumes avant casserole, tout droit sortis de terre (sauf la tomate, bien sûr), et amoureusement photographiés par Thomas Dhellemmes avec son Polaroid 600. D’où le grain très particulier de chaque reproduction, sublimée par une impression sophistiquée, et qui donne un arôme balsamique à ces légumes de variétés anciennes ou délaissées.
Voici donc le chou-rave, l’artichaut, le navet ou le fenouil de Florence, défilant comme à la parade tout en conservant un voile pudique, il ne s’agit pas ici de piétiner les plates-bandes, mais de respecter l’intimité de chaque modèle. Il faut voir comment Thomas Dhellemmes, sans aucun trucage, rend compte de la rondeur excessive de la courge, limite boomerang, de l’emmêlement du haricot kilomètre devenant chevelure bohême, ou de la poésie du taro, petit bijou parfait qu’on a envie de saisir, presque par caprice, tel un jouet inconnu.
Légumineux est un beau livre lumineux, à partager naturellement.

Légumineux, de Thomas Dhellemmes, éditions Atelier Mai 98, 100 pages feuillets à la japonaise, 65 €. Textes de Armand Arnal et Antoine Jacobsohn. Interview Caroline Tossan.